Une stratégie ESG désigne l'approche structurée adoptée par une organisation pour encadrer, identifier, hiérarchiser et gérer les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance qui influent sur la valeur et les risques de l'entreprise — et, de plus en plus, pour gérer et communiquer sur ses impacts externes sur les personnes et l'environnement. Ce double cadre « de l'intérieur vers l'extérieur » et « de l'extérieur vers l'intérieur » n'est plus un simple discours d'intention : il est codifié dans la législation de nombreuses juridictions, intégré dans les attentes des autorités de surveillance à l'égard des institutions financières et exigé par les marchés de capitaux.
Dans les six juridictions examinées dans le présent rapport — l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse, les États-Unis, la Chine et le Vietnam — , la réglementation ESG s'est harmonisée autour d'une architecture commune de publication d'informations (gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs et objectifs) popularisée par le TCFD et désormais intégrée dans les normes IFRS S1/S2. Cependant, le fond, le champ d'application, le niveau d'application et la doctrine de matérialité sous-jacente varient considérablement d'un marché à l'autre. Il est essentiel de comprendre ces différences pour toute organisation opérant à l'échelle mondiale.
Le présent rapport propose un aperçu réglementaire pays par pays, une comparaison transnationale des points communs et des divergences, une analyse sectorielle spécifique aux institutions financières et aux entreprises, ainsi qu'une évaluation ciblée des implications pour les PME. Il s'appuie sur les textes réglementaires de base, les orientations prudentielles et les pratiques institutionnelles en vigueur en mars 2026.
Conclusion principale : deux doctrines de l'importance relative, une référence mondiale
La divergence transfrontalière la plus importante concerne la matérialité. L'UE (par le biais de l'ESRS/CSRD) officialise la double matérialité, en exigeant la divulgation à la fois de la manière dont les enjeux ESG affectent l'entreprise et de la manière dont l'entreprise influe sur le monde. Les régimes dérivés de l'ISSB (adoptés ou en cours d'élaboration au Royaume-Uni, en Chine, en Suisse et dans d'autres pays) mettent l'accent sur une matérialité axée sur l'investisseur et la valeur de l'entreprise. Les deux modèles convergent toutefois vers l'architecture structurelle du TCFD et la base de référence de mesure du GHG Protocol. Dans la pratique, la plupart des organisations mondiales élaborent désormais une stratégie ESG capable de satisfaire ces deux perspectives.
Qu'est-ce qu'une stratégie ESG ?
Définition : Une stratégie ESG est un plan fondé sur la gouvernance qui intègre les risques et les opportunités significatifs liés au développement durable, ainsi que — lorsque cela est nécessaire ou stratégiquement choisi — les impacts, dans la prise de décision opérationnelle, l'allocation des capitaux, l'engagement des parties prenantes et la communication d'informations, le tout s'appuyant sur des objectifs mesurables et des contrôles.
Les stratégies ESG ont évolué, passant d’initiatives volontaires en matière de responsabilité sociale des entreprises au début des années 2000 à des cadres réglementaires obligatoires intégrés dans la réglementation des marchés financiers. Trois facteurs ont joué un rôle catalyseur : l'Accord de Paris (2015), qui a établi que le climat constituait un risque financier systémique ; le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD, 2017), qui a fourni une architecture universelle de gouvernance, de stratégie, de risques et de mesures ; et l'élaboration parallèle de codes de gestion responsable des investisseurs, qui ont fait passer l'ESG du statut de critère de sélection à celui d'obligation fiduciaire.
D’ici 2026, une stratégie ESG ne sera plus un simple exercice de mise en conformité mené indépendamment des activités de l’entreprise. Les cadres réglementaires des six juridictions couvertes par cette analyse exigent désormais, ou attendent fortement, que les critères ESG soient intégrés dans la gouvernance du conseil d’administration, les systèmes de gestion des risques, les processus d’allocation des capitaux et les rapports financiers externes.
Composants essentiels
Quelle que soit la juridiction, une stratégie ESG solide repose sur cinq piliers interdépendants :
| Composant | Objectif | Piliers réglementaires |
|---|---|---|
| Gouvernance | Supervision par le conseil d'administration, structures de responsabilité, mesures incitatives et contrôles internes relatifs aux questions ESG | TCFD/IFRS S2 ; lignes directrices de l'ABE sur les risques ESG ; attentes prudentielles de la BCE ; PRA SS3/19 (Royaume-Uni) |
| Évaluation de l'importance relative | Identification et hiérarchisation des enjeux ESG significatifs pour l'entreprise et/ou pour la société et l'environnement | ESRS (double matérialité) ; IFRS S1 (valeur d'entreprise) ; lignes directrices de la SZSE (double matérialité) |
| Stratégie et résilience | Intégration des critères ESG dans le modèle économique, l'allocation des ressources et la planification par scénarios | Norme IFRS S2 sur le climat ; ordonnance suisse sur le climat ; exigences du plan de transition de l'UE |
| Gestion des risques | Des processus visant à identifier, évaluer, gérer et surveiller les risques ESG intégrés dans la gestion des risques d'entreprise (ERM) | Lignes directrices ESG de l'ABE ; guide de la BCE ; déclaration de surveillance de la PRA ; directives de la FINMA 01/2023 |
| Indicateurs, objectifs et publication d'informations | Indicateurs clés de performance (KPI) quantifiés, assortis de méthodologies, de références, d'horizons temporels et de rapports externes (avec suivi de la trajectoire) | Protocole GHG ; PCAF ; normes thématiques de l'ESRS ; IFRS S1/S2 ; règles d'admission à la cote |
Les piliers de la stratégie ESG
Une stratégie ESG solide va au-delà d'une approche générique du développement durable et définit des objectifs quantifiables dans trois domaines clés afin de garantir une résilience à long terme.
🌍
Environnement
Met l'accent sur la manière dont une entreprise préserve l'environnement naturel. Parmi les principaux facteurs, on peut citer la transition vers une économie à faible émission de carbone.
- Émissions de scope 1, 2 et 3
- Épuisement des ressources et eau
- Économie circulaire
🤝
Réseaux sociaux
Examine la manière dont une entreprise gère ses relations avec ses employés, ses fournisseurs, ses clients et les communautés.
- Normes du travail et droits de l'homme
- Diversité, équité et inclusion (DEI)
- Sécurité et qualité des produits
⚖️
Gouvernance
Traite de la direction d'une entreprise, de la rémunération des dirigeants, des audits, des contrôles internes et des droits des actionnaires.
- Composition et indépendance du conseil d'administration
- Lutte contre la corruption
- Rémunération des dirigeants
Orientation en matière d'allocation mondiale des capitaux (à titre indicatif)
Les deux doctrines de l'importance relative à l'origine des divergences
Importance relative pour la valeur de l'entreprise (axée sur les investisseurs) : fondée sur les normes IFRS S1/S2 et adoptée ou en cours d'élaboration au Royaume-Uni, en Chine, aux États-Unis (là où elle existe) et dans d'autres juridictions alignées sur l'ISSB. Le critère consiste à déterminer si l'on peut raisonnablement s'attendre à ce qu'un risque ou une opportunité lié(e) au développement durable ait une incidence sur les flux de trésorerie de l'entité, son accès au financement ou son coût du capital. Le public visé est principalement constitué d'investisseurs et d'acteurs des marchés financiers.
Double matérialité (impact + financière) : exigée par la directive CSRD et les normes ESRS de l'UE, et adoptée en principe par la Suisse. Les entreprises doivent évaluer à la fois la matérialité financière (approche « outside-in » : comment les enjeux ESG affectent l'entreprise) et la matérialité liée à l'impact (approche « inside-out » : comment les activités de l'entreprise affectent les personnes et l'environnement). Ces deux dimensions doivent faire l'objet d'un rapport si elles sont significatives ; aucune des deux ne prévaut automatiquement sur l'autre.
Remarque : le paquet Omnibus I de l'UE (février 2026) maintient le principe fondamental de la double matérialité, tout en réduisant le champ d'application des entreprises tenues de rendre compte et en orientant vers une simplification des données requises par l'ESRS. La logique reste la même ; la charge est allégée.
Aperçu réglementaire par juridiction
Union européenne
L'Union européenne reste le cadre réglementaire ESG le plus contraignant et le plus complet au monde. Trois cadres étroitement liés définissent ce paysage : la directive sur le reporting en matière de durabilité des entreprises (CSRD), la directive sur le devoir de diligence des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) et le règlement sur la publication d'informations en matière de finance durable (SFDR), tous fondés sur la taxonomie de l'UE.
CSRD et ESRS
La directive CSRD a remplacé la directive sur le reporting non financier (NFRD) et a considérablement élargi le champ d'application du reporting obligatoire en matière de développement durable. Les entreprises doivent désormais rendre compte conformément aux normes européennes de reporting en matière de développement durable (ESRS), qui couvrent le climat, la pollution, l'eau, la biodiversité, l'économie circulaire, le personnel, les travailleurs de la chaîne d'approvisionnement, les communautés concernées et la conduite des affaires. La caractéristique principale est la double matérialité: les organisations doivent mener une évaluation formelle de la matérialité en tenant compte à la fois de l'impact financier et de l'impact sur la société et l'environnement.
L'Omnibus I (février 2026) a profondément modifié l'architecture en : relevant les seuils de déclaration afin de se concentrer sur les entreprises comptant plus de 1 000 salariés et un chiffre d'affaires net supérieur à 450 millions d'euros ; excluant les PME cotées en bourse ; en plafonnant les demandes de données sur la chaîne de valeur pour les entreprises de moins de 1 000 salariés ; et en chargeant la Commission européenne de réviser l'ESRS dans les six mois suivant son entrée en vigueur afin de supprimer les données de moindre priorité et de renforcer les orientations en matière de matérialité. L'architecture globale de l'UE en matière de publication d'informations sur la durabilité — l'ESRS, un parcours d'assurance et la numérisation — est préservée, mais l'univers des entreprises directement concernées est considérablement réduit.
CSDDD
La directive relative au devoir de diligence en matière de durabilité des entreprises instaure des obligations de diligence en matière de droits de l'homme et d'environnement tout au long de la chaîne de valeur. Suite aux modifications apportées par l'Omnibus I, les seuils visent désormais les entreprises comptant plus de 5 000 salariés et réalisant un chiffre d'affaires mondial supérieur à 1,5 milliard d'euros. Les entreprises concernées doivent identifier, prévenir, atténuer et rendre compte des impacts négatifs sur les droits de l'homme et l'environnement tout au long de leurs chaînes de valeur en amont et en aval — et ne pas se contenter d'en rendre compte.
Réforme de la SFDR
Le règlement sur la publication d'informations en matière de finance durable — qui a instauré le système de classification des produits prévu aux articles 6, 8 et 9 — fait actuellement l'objet d'une réforme active à la suite de l'examen réalisé par la Commission européenne en 2025. Cet examen a mis en évidence la complexité du dispositif, la confusion des investisseurs et l'existence d'un étiquetage de facto. La Commission a proposé de remplacer le cadre existant par une catégorisation simplifiée des produits (labels « Durable », « Transition » et « ESG Basics »), dans le but de réduire le risque de greenwashing tout en préservant la transparence pour les investisseurs. La réforme est en cours ; le cadre existant continue de s’appliquer.
Taxonomie de l'UE et CBAM
Le règlement de l'UE sur la taxonomie établit un système de classification des activités économiques durables sur le plan environnemental, articulé autour de six objectifs environnementaux. Pour les entreprises et les institutions financières concernées, la publication d'indicateurs clés de performance (KPI) relatifs à l'alignement sur la taxonomie — à savoir le chiffre d'affaires, les dépenses d'investissement (CapEx) et les dépenses d'exploitation (OpEx) éligibles à la taxonomie et alignés sur celle-ci — est obligatoire. La taxonomie constitue un élément de différenciation fondamental entre l'UE et toutes les autres juridictions examinées dans le présent rapport.
À compter du 1er janvier 2026, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) est passé d'une simple obligation de déclaration à des obligations de paiement concrètes. Les importateurs de biens à forte intensité carbone (fer, acier, ciment, aluminium, engrais, électricité et hydrogène) vers l'UE doivent désormais s'acquitter d'un prix du carbone équivalent à celui du système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE). Ce mécanisme a des conséquences directes pour les entreprises et les institutions financières du monde entier : les exportateurs vers l'UE qui ne peuvent pas démontrer que l'intensité carbone de leurs produits est conforme aux normes de l'UE sont confrontés à des coûts plus élevés et risquent de perdre leur accès au marché.
Royaume-Uni
Après le Brexit, le Royaume-Uni a suivi une voie distincte, fondée sur la matérialité financière axée sur les investisseurs plutôt que sur la double matérialité. Le cadre réglementaire se caractérise par des obligations de publication d'informations pour les entreprises alignées sur les recommandations du TCFD, un régime de produits d'investissement axé sur l'étiquetage (SDR) et un projet de taxonomie verte qui a été abandonné.
Divulgation d'informations par les entreprises : règles conformes aux recommandations du TCFD et SRS britannique
Les grandes entreprises britanniques et les sociétés à responsabilité limitée (LLPs) qui atteignent les seuils légaux, ainsi que les émetteurs cotés, sont tenus de publier des informations conformes aux recommandations du TCFD concernant la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques, ainsi que les indicateurs et les objectifs. Ces obligations sont inscrites dans le droit des sociétés et dans les règles de cotation de la FCA. En février 2026, le gouvernement britannique a publié les normes britanniques de reporting en matière de développement durable (UK SRS), qui sont alignées sur les normes de l'ISSB (basées sur les normes IFRS S1/S2). À la date de publication, les UK SRS sont disponibles pour une utilisation volontaire ; les dates d'entrée en vigueur obligatoire devront être fixées par une législation ou une réglementation future.
Secteur financier : DTS, règles climatiques de la FCA et attentes de la PRA
Le régime des exigences en matière de divulgation d'informations sur la durabilité (SDR) de la FCA introduit quatre labels de durabilité spécifiques — « Sustainability Focus », « Sustainability Improvers », « Sustainability Impact » et « Sustainability Mixed Goals » — pour les produits d'investissement destinés aux particuliers. Ce régime exige qu'au moins 70 % des actifs d'un fonds labellisé soient investis conformément à une norme de durabilité rigoureuse et fondée sur des données factuelles.
Le SDR s'appuie sur la règle anti-greenwashing (qui entrera en vigueur en mai 2024), laquelle impose à toutes les entreprises agréées par la FCA de veiller à ce que toute référence à des caractéristiques de durabilité soit claire, loyale et non trompeuse. Cette obligation s'applique à toutes les allégations liées à la durabilité, et pas uniquement aux produits labellisés.
La FCA impose également aux gestionnaires d'actifs, aux assureurs vie et aux prestataires de retraite réglementés de publier des informations relatives au climat (PS21/24). L'Autorité de réglementation prudentielle (PRA) a publié des attentes prudentielles détaillées (SS3/19, mises à jour en 2024) exigeant des banques et des assureurs qu'ils intègrent le risque climatique dans leur gouvernance, leur gestion des risques, leur analyse de scénarios et leur gestion des fonds propres, de manière proportionnée à l'ampleur et à la complexité de leurs activités.
Taxonomie verte : abandonnée
En juillet 2025, le gouvernement britannique a confirmé qu'il ne mettrait pas en place une taxonomie verte obligatoire. Le Royaume-Uni s'appuie plutôt sur des obligations de divulgation, le cadre de labellisation SDR et la règle anti-greenwashing pour garantir l'intégrité du marché de la finance durable — une approche nettement différente de celle de l'Union européenne.
Suisse
L'approche de la Suisse en matière de réglementation ESG combine les obligations découlant du droit des sociétés, des exigences de publication axées sur le climat et fondées sur les recommandations du TCFD, ainsi qu'un écosystème solide de finance durable ancré dans le marché. Sa stratégie est délibérément compatible avec les cadres réglementaires de l'UE — une nécessité pragmatique compte tenu du degré d'intégration économique — tout en conservant sa propre architecture juridique distincte.
Rapports non financiers et ordonnance sur le climat
En vertu du Code suisse des obligations (CO), les grandes entités d'intérêt public qui atteignent certains seuils en matière d'effectifs et de ressources financières doivent publier un rapport non financier couvrant les questions environnementales, sociales, relatives aux employés et aux droits de l'homme. L'ordonnance sur la publication d'informations relatives au climat (qui entrera en vigueur le 1er janvier 2024) étend ces obligations en exigeant des grandes entreprises, des banques et des assureurs qu'ils rendent compte des risques liés au climat en utilisant les piliers du TCFD, y compris l'analyse de scénarios. L'application de cette réglementation prévoit des amendes pénales en cas de non-respect — l'un des signaux de mise en application les plus forts parmi les juridictions examinées.
En 2025, la Suisse a temporairement suspendu les révisions prévues de ses règles en matière de reporting climatique, dans l'attente de précisions concernant le processus «Omnibus» de l'UE. Cette décision s'inscrit dans le cadre d'une stratégie délibérée d'interopérabilité : les entreprises suisses sont en effet principalement soumises aux exigences du marché et de la chaîne d'approvisionnement de l'UE, et tout écart inutile par rapport à l'architecture européenne entraînerait des coûts de mise en conformité supplémentaires.
Loi sur le climat et l'innovation
Adoptée par référendum en 2023, la loi sur le climat et l'innovation engage juridiquement la Suisse à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Cette loi prévoit l'octroi de 3,2 milliards de francs suisses sur dix ans pour aider les entreprises à adopter des technologies à faible émission de carbone, notamment le captage et le stockage du carbone. Les institutions financières sont tenues d'aligner leurs activités d'investissement et de crédit sur ces objectifs climatiques nationaux.
La FINMA et la finance durable
La FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) a publié la directive 01/2023 sur les risques climatiques, qui définit les attentes prudentielles à l'égard des établissements financiers en matière de gouvernance, de gestion des risques et de publication d'informations liées au climat. L'Association suisse des banquiers a élaboré des lignes directrices sectorielles qui définissent explicitement le reporting climatique comme un exercice de double matérialité. Les Swiss Climate Scores constituent un outil de transparence standardisé permettant d'évaluer les caractéristiques liées au climat des investissements financiers.
États-Unis
Les États-Unis offrent le contraste le plus marqué avec le modèle de l'UE : un cadre réglementaire ESG fragmenté, politiquement contesté et incertain au niveau fédéral, partiellement compensé par des obligations importantes au niveau infranational et par une demande persistante de données ESG de la part des investisseurs.
Contexte fédéral : la règle de la SEC a été suspendue et n'a pas été défendue
La SEC a adopté en mars 2024 des règles relatives à la publication d'informations sur le climat (Communiqué n° 33-11275), qui auraient obligé les entités enregistrées auprès de la SEC à divulguer les risques significatifs liés au climat, les mesures de gouvernance et (pour les grands déclarants soumis à un régime de dépôt accéléré, lorsque cela est pertinent) les émissions de scope 1 et 2, assorties d'exigences en matière d'attestation. Ces règles ont immédiatement fait l'objet de recours judiciaires regroupés devant la Cour d'appel du huitième circuit ; la SEC a volontairement suspendu leur entrée en vigueur. En mars 2025, la SEC a voté la fin de sa défense juridique de ces règles. En mars 2026, les règles sont suspendues, ne font l'objet d'aucune défense et ont peu de chances d'entrer en vigueur sous leur forme actuelle. Les obligations fédérales américaines en matière de divulgation climatique des entreprises restent donc régies par les principes généraux de matérialité du droit des valeurs mobilières et par des cadres volontaires.
La deuxième administration Trump a mené une politique de déréglementation active en matière d'ESG : elle a abrogé les décrets de l'ère Biden, relégué au second plan l'élaboration de réglementations liées au climat et encouragé les agences fédérales à retirer leurs recommandations en matière d'ESG. Les régulateurs financiers fédéraux (OCC, Réserve fédérale, FDIC) ont assoupli ou annulé les recommandations prudentielles liées au climat publiées en 2022-2023.
Californie : leadership au niveau infranational
La Californie s'est imposée comme la référence nationale de facto en matière de publication d'informations climatiques par les entreprises. La loi sur la responsabilité des données climatiques des entreprises (SB 253) impose aux entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 1 milliard de dollars et qui exercent leurs activités en Californie de publier leurs émissions de gaz à effet de serre de scope 1, 2 et 3 — une exigence plus stricte que celle prévue par la règle initiale de la SEC. La loi SB 261 impose la publication de rapports sur les risques financiers liés au climat, conformément aux recommandations du TCFD. La loi SB 219 (signée en 2024) a étendu et affiné ces obligations. Compte tenu de l'importance économique de la Californie, des milliers d'entreprises américaines et internationales sont de facto tenues de s'y conformer.
Demande des investisseurs et du marché
Malgré le recul observé au niveau fédéral, les investisseurs institutionnels — en particulier les institutions non américaines — continuent d'exiger des données ESG à des fins de modélisation des risques et de gestion responsable. L'adhésion volontaire aux recommandations du TCFD et de l'ISSB reste importante parmi les sociétés cotées aux États-Unis. Les grandes institutions financières américaines (JP Morgan, Goldman Sachs, BlackRock) continuent de publier des données structurées sur le climat et l'ESG, sous l'impulsion des attentes des investisseurs, des exigences réglementaires internationales qui s'appliquent à leurs activités mondiales et de leurs pratiques internes en matière de gestion des risques.
Chine
L'évolution de la réglementation chinoise en matière d'ESG est l'une des plus marquantes au niveau mondial ; elle s'appuie sur les engagements nationaux en matière de climat, un cadre de publication des informations qui se formalise rapidement et le plus grand système national d'échange de quotas d'émission de carbone au monde. Contrairement au modèle européen axé sur la protection des investisseurs et l'impact, ou au marché volontaire fragmenté des États-Unis, l'approche chinoise est dirigée par l'État et intégrée à la planification économique nationale.
Lignes directrices relatives au reporting en matière de développement durable pour les bourses
La Bourse de Shanghai (SSE), la Bourse de Pékin (BSE) et la Bourse de Shenzhen (SZSE) ont publié en avril 2024 des lignes directrices obligatoires en matière de reporting de développement durable, applicables aux exercices comptables à compter de l'exercice 2025. Pour certaines sociétés composant les indices des grandes capitalisations et les sociétés cotées sur deux places boursières, les rapports de développement durable sont obligatoires (à remettre avant le 30 avril 2026 pour l'exercice 2025). Les lignes directrices couvrent la gouvernance, la stratégie, les questions environnementales et sociales, ainsi que les indicateurs — et s'alignent globalement sur les piliers du TCFD. Les directives de la SZSE exigent explicitement une analyse à la fois de l'importance financière et de l'importance en termes d'impact (une approche de double matérialité), ce qui les distingue des régimes purement axés sur les investisseurs.
Normes nationales en matière de publication d'informations sur le développement durable
Le ministère chinois des Finances élabore actuellement des normes nationales de publication d'informations en matière de durabilité, conçues pour s'aligner sur les travaux de l'ISSB. Ce programme est actuellement mis en œuvre par étapes ; les premières normes devraient s'appliquer dans un premier temps aux grandes sociétés cotées et aux institutions financières, avant d'être progressivement étendues à un champ d'application plus large. L'objectif est de mettre en place un système national unifié de publication d'informations qui produise des données comparables au niveau international et prêtes à être auditées.
Système national d'échange de quotas d'émission de carbone
Le système national chinois d'échange de quotas d'émission de carbone est le plus vaste au monde en termes de couverture. En 2025, ce système s'est étendu au-delà du secteur de l'électricité pour inclure l'acier, le ciment et l'aluminium, intégrant ainsi environ 1 500 entreprises supplémentaires. D'ici 2026, les entités concernées devront communiquer chaque mois des données vérifiées sur leurs émissions, ce qui permettra d'intégrer directement le coût financier du carbone dans la planification et la gouvernance des entreprises. Les évaluations de performance des responsables des collectivités locales sont explicitement liées aux résultats environnementaux, garantissant ainsi que les objectifs nationaux sont respectés grâce à des mécanismes de responsabilité politique.
Finance verte et taxonomie
La Chine dispose d'une infrastructure bien établie en matière de finance verte : le « Catalogue des projets approuvés pour les obligations vertes » de la Banque populaire de Chine (PBOC) classe les projets verts éligibles ; la Commission chinoise de réglementation bancaire et des assurances (CBIRC) a publié des lignes directrices sur la finance verte à l'intention des institutions financières ; et l'Association chinoise de gestion d'actifs (AMAC) a publié des lignes directrices sur la divulgation des informations ESG destinées aux gestionnaires de fonds. L'intégration de la politique de finance verte aux normes de reporting ESG constitue une caractéristique distinctive du modèle chinois.
Vietnam
Le Vietnam en est à un stade moins avancé de formalisation des critères ESG que les autres pays étudiés, mais les années 2025 et 2026 marqueront une accélération significative. L'approche du pays repose sur une politique de développement durable, des mesures d'incitation à la finance verte pilotées par l'État et un cadre juridique récemment mis en place pour la classification des projets verts.
Obligations d'information sur les marchés des valeurs mobilières
Les sociétés cotées au Vietnam sont tenues de publier des informations relatives au développement durable conformément à la réglementation du marché des valeurs mobilières, notamment la circulaire n° 96 (telle que modifiée, en dernier lieu par la circulaire n° 08/2026 entrée en vigueur en février 2026). Les informations obligatoires comprennent des indicateurs environnementaux et sociaux spécifiques — consommation d'énergie, émissions de gaz à effet de serre, utilisation de l'eau, gestion des déchets et données sur la main-d'œuvre — ainsi que des informations sur la gouvernance d'entreprise. La Commission nationale des valeurs mobilières (SSC) soutient le renforcement des capacités des émetteurs par le biais de programmes d'orientation et de renforcement des capacités. Les pratiques de marché parmi les principaux émetteurs font de plus en plus référence aux normes GRI en tant que cadre complémentaire.
La taxonomie verte du Vietnam
En 2025, le gouvernement vietnamien a publié la décision n° 21/2025/QD-TTg, établissant la première taxonomie verte juridiquement contraignante du Vietnam. Ce cadre définit des critères techniques de sélection pour 45 types de projets répartis dans sept secteurs — énergie, transports, agriculture, eau, gestion des déchets, bâtiments et sylviculture — afin de déterminer leur éligibilité aux instruments de financement vert. Il fournit ainsi la base juridique pour les obligations vertes, le crédit vert et d'autres instruments de finance durable conformes aux critères internationalement reconnus.
Crédit vert et mesures d'incitation dans le secteur financier
La Banque d'État du Vietnam (SBV) a mis en place un cadre juridique et prudentiel pour le crédit vert. Le crédit vert a connu une croissance moyenne de 21 % par an entre 2017 et 2025, même s'il ne représente encore qu'environ 5 % de l'encours total des crédits. Afin d'accélérer la transition, le gouvernement a instauré une bonification d'intérêt annuelle de 2 % pour les entreprises privées et les entreprises familiales qui investissent dans des projets liés à l'économie verte et circulaire. La SBV a également réduit les pondérations de risque de crédit pour les prêts accordés aux PME dans les secteurs prioritaires, permettant ainsi aux banques d'offrir des taux plus compétitifs aux entreprises durables.
Comparaison entre juridictions : points communs et divergences
Divergences et convergences régionales
Si l'ESG est un phénomène mondial, sa mise en œuvre stratégique varie considérablement d'un pays à l'autre. L'Europe fait figure de pionnière avec une réglementation dense et contraignante en matière de double matérialité, tandis que les États-Unis connaissent une adoption polarisée, politiquement chargée, mais motivée par des considérations financières. Les marchés asiatiques s'adaptent rapidement pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement mondiales et atteindre les objectifs en matière de technologies vertes fixés par les pouvoirs publics.
🇪🇺 🇬🇧 🇨🇭 Europe, Royaume-Uni et Suisse
Les régulateurs :régis par des cadres de conformité stricts (CSRD, SFDR, UK SDR). Leur stratégie repose largement sur le principe de la « double matérialité », qui consiste à évaluer à la fois les risques financiers pour l'entreprise et l'impact de celle-ci sur la société et le climat.
🇺🇸 États-Unis
Le « pragmatique » :fortement axé sur le marché, mais politiquement fragmenté. Sa stratégie se concentre strictement sur le principe de « matérialité unique » (risque financier pour l'entreprise). Les investisseurs exercent une forte pression pour obtenir des données climatiques, malgré une opposition politique aux critères ESG dans certains États.
🇨🇳 Chine
La transition pilotée par l'État: la stratégie ESG est fortement axée sur le volet « E » (environnemental), s'alignant spécifiquement sur les objectifs nationaux en matière de « double objectif carbone » (pic en 2030, neutralité en 2060). L'accent est mis de manière massive sur la domination des chaînes d'approvisionnement mondiales en technologies vertes.
🇻🇳 Vietnam
L'adaptateur de la chaîne d'approvisionnement :porté par les investissements directs étrangers (IDE) et les objectifs d'exportation. La stratégie vise à répondre aux exigences strictes des marques européennes et américaines en matière d'approvisionnement ESG afin de préserver la compétitivité de la production.
Définition des profils stratégiques régionaux
Quels sont les points communs ?
✓ Priorité à la décarbonisation : consensus général sur la réduction des émissions de scope 1 et 2.
✓ Analyse approfondie des données : abandonner le « greenwashing » marketing au profit d'un reporting de données quantifiable et conforme aux normes d'audit.
✓ Visibilité de la chaîne d'approvisionnement : on observe une pression croissante à l'échelle mondiale pour cartographier et comprendre les risques liés aux réseaux d'approvisionnement à plusieurs niveaux.
En quoi est-ce complètement différent ?
✕ Définitions de la matérialité : l'UE exige la publication d'informations sur l'impact externe ; les États-Unis exigent strictement la publication d'informations sur les risques financiers.
✕ Les piliers « S » et « G » : l'accent mis par l'Occident sur la diversité, l'équité et l'inclusion (DEI) ainsi que sur l'indépendance des conseils d'administration contraste avec l'importance accordée en Asie à la stabilité sociale, à la création d'emplois et à l'alignement sur les politiques de l'État.
✕ Moteurs de l'économie : l'UE est guidée par la réglementation ; les États-Unis sont guidés par les investisseurs ; l'Asie est guidée par les exportations et l'État.
Ce que toutes les juridictions ont en commun
1. L'architecture de publication du TCFD. Le cadre « gouvernance – stratégie – gestion des risques – indicateurs et objectifs », popularisé par le TCFD, est devenu la référence structurelle universelle. Il apparaît, sous diverses formes, dans les ESRS de l'UE, les règles britanniques de publication d'informations climatiques prévues par le droit des sociétés, l'ordonnance sur le climat de la Suisse, les lignes directrices chinoises en matière de reporting de durabilité pour les bourses, ainsi que dans les normes IFRS S1/S2 (adoptées ou en cours d'élaboration au Royaume-Uni, en Chine et dans d'autres pays). Même les cadres émergents du Vietnam s'inspirent de normes internationales qui intègrent ces piliers.
2. Le Protocole GHG comme norme de mesure. Les émissions de gaz à effet de serre quantifiées — celles des scopes 1 et 2 de manière systématique, et celles du scope 3 de plus en plus souvent — deviennent la référence universelle en matière d'indicateurs clés de performance (KPI), en s'appuyant sur les méthodologies de la norme d'entreprise du Protocole GHG. Pour les institutions financières, la norme PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials) constitue l'approche dominante pour mesurer les émissions financées et induites.
3. Passage d'une approche narrative à des données prêtes pour l'audit. Dans toutes les juridictions, les régulateurs s'éloignent des informations sur le développement durable de nature narrative et axées sur le marketing pour se tourner vers des données quantitatives, définies selon une méthodologie précise et (le cas échéant) certifiées par un organisme externe. L'orientation de l'UE visant à privilégier les indicateurs quantitatifs relatifs aux ESRS et à réduire les éléments de moindre importance, l'accent mis par la Chine sur des données précises et prêtes pour l'audit plutôt que sur la narration, ainsi que la réglementation britannique contre le greenwashing reflètent tous cette évolution commune.
4. Les risques climatiques considérés comme des risques financiers. Il existe un consensus mondial parmi les banques centrales, les autorités de surveillance financière et les autorités de régulation des marchés financiers sur le fait que les risques climatiques physiques (phénomènes météorologiques extrêmes, immobilisation d'actifs) et les risques de transition (changements de politique, évolutions technologiques) doivent être intégrés dans la gestion des risques d'entreprise et la gouvernance au niveau du conseil d'administration. Cela se reflète dans les attentes prudentielles de la BCE, de la PRA, de la FINMA et des principales banques centrales à l'échelle mondiale.
5. L'ISSB, nouvelle norme de référence mondiale. Les normes IFRS S1 et S2 sont en cours d'adoption, de référence ou d'alignement dans de nombreuses juridictions, notamment au Royaume-Uni (UK SRS), en Chine (normes nationales en cours d'élaboration), en Suisse (par référence) et dans de nombreux autres pays à travers le monde. Le cadre de l'ISSB est en passe de devenir le plus petit dénominateur commun pour la comparabilité des marchés de capitaux internationaux.
Lorsque les juridictions divergent fondamentalement
| Dimension | UE | Royaume-Uni | Suisse | États-Unis (au niveau fédéral) | Chine | Vietnam |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Doctrine de l'importance relative | Double matérialité | Finances/Investisseurs | Double matérialité | Finances/Investisseurs | Impact financier (double au niveau de la bourse) | Priorité à l'environnement |
| Cadre principal | CSRD + ESRS | Conforme aux recommandations du TCFD + SRS britannique (volontaire) | CO + Ordonnance sur le climat (basée sur les recommandations du TCFD) | Sur une base volontaire (suspension de la règle de la SEC) | Directives relatives aux échanges + normes nationales (conformes aux normes de l'ISSB) | Réglementation des marchés financiers + taxonomie verte |
| Champ d'application obligatoire (2026) | Grandes entreprises (plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires) ; seuils hors UE | Grandes entreprises et émetteurs cotés (TCFD) ; SRS britannique (sur une base volontaire) | Grandes entités d'intérêt public ; ordonnance sur le climat pour les entreprises concernées | Aucune obligation fédérale ; projets de loi californiens SB 253/261 pour les grandes entreprises | Obligatoire pour les composantes désignées de l'indice / les sociétés cotées sur deux marchés (rapports de l'exercice 2025 à remettre en avril 2026) | Sociétés cotées (indicateurs environnementaux et de gouvernance) |
| Taxonomie verte | Oui — indicateurs clés de performance obligatoires | Modèle discontinué (juillet 2025) | Non (on utilise plutôt des indices climatiques) | Non | Oui (catalogue de la Banque populaire de Chine) | Oui (décision 21/2025) |
| Obligatoire pour le périmètre 3 | Oui (dans le cadre de l'ESRS) | 2028 (par étapes) | Oui (TCFD / ordonnance sur le climat) | Non (au niveau fédéral) ; Oui (en Californie) | Par étapes / à titre expérimental | Bénévole |
| Mécanisme d'application | Droit des sociétés + parcours en audit/assurance + sanctions éventuelles | Droit des sociétés + contrôle de la FCA | Des amendes pénales peuvent être infligées en cas de non-respect | En l'absence de directive fédérale, la Californie veille au respect de la législation de l'État | Mesures de surveillance boursière ; discipline de cotation ; conformité aux normes ETS | Application des règles de la SSC ; surveillance des crédits verts |
| Exigence en matière d'assurance | Assurance limitée requise ; trajectoire d'assurance raisonnable | Cela dépend du cadre réglementaire en vigueur en matière d'audit et de droit des sociétés | Publication et format lisible par machine obligatoires | Certification prévue (suspendue) | Conformité définie par la bourse ; les normes nationales doivent inclure une garantie | Ce n'est pas une obligation générale |
| Protection des PME | Explicit: VSME standard; value-chain data caps for firms <1,000 employees | Régie par le marché ; aucune protection légale spécifique pour les PME | Le principe de proportionnalité s'applique | Limité ; les seuils californiens protègent les petites entreprises | Axé sur le marché pour les sociétés non cotées | Mesures d'incitation en faveur des crédits verts ; directives simplifiées |
Les quatre failles les plus profondes
1. Principe de l'importance relative
L'UE et la Suisse imposent une double exigence de matérialité : les organisations doivent évaluer et communiquer à la fois l'impact financier des enjeux ESG sur elles-mêmes et leur incidence sur la société et l'environnement. Toutes les autres juridictions examinées se concentrent principalement, voire exclusivement, sur la matérialité en termes de valeur d'entreprise : les informations communiquées sont orientées vers les investisseurs et mettent l'accent sur la manière dont les risques ESG affectent les perspectives financières de l'organisation. Il ne s'agit pas simplement d'une différence de définition : cela détermine les thèmes qui doivent faire l'objet d'un rapport, les données à collecter et ce qui constitue une évaluation suffisante de la matérialité. Les organisations multinationales doivent actuellement maintenir des processus de matérialité parallèles.
2. Taxonomie et classification
La taxonomie de l'UE est un système de classification détaillé et juridiquement contraignant des activités durables, qui définit des indicateurs de performance clés (KPI) obligatoires (chiffre d'affaires, dépenses d'investissement et dépenses d'exploitation éligibles et conformes à la taxonomie) pour les entreprises et les institutions financières concernées. La Chine dispose d'un catalogue de finance verte qui remplit une fonction similaire au sein de son système national de finance verte. Le Royaume-Uni a explicitement refusé d'adopter une taxonomie verte obligatoire. La Suisse s'appuie sur des scores climatiques et la publication d'informations plutôt que sur une taxonomie de classification. Les États-Unis ne disposent pas d'équivalent fédéral à la taxonomie. Le Vietnam dispose d'une taxonomie verte récemment mise en place, principalement orientée vers l'éligibilité au crédit et à l'investissement plutôt que vers la divulgation.
3. Sécurité juridique et orientation politique
L'Union européenne et la Suisse intègrent la publication d'informations sur la durabilité dans le droit des sociétés, avec des conséquences bien définies en cas de non-respect. L'approche chinoise, pilotée par les bourses, lie l'application de la réglementation à la discipline de cotation, et le système d'échange de quotas d'émission (ETS) entraîne des conséquences financières directes pour les émetteurs concernés. La législation de l'État de Californie impose des obligations de publication obligatoires assorties de mécanismes d'application bien définis. En revanche, la position fédérale américaine a évolué dans la direction opposée : les règles climatiques de la SEC sont suspendues et ne sont pas défendues. Au Royaume-Uni, les UK SRS sont volontaires dans l'attente d'une future législation. Le régime vietnamien évolue au gré de circulaires modificatives successives, ce qui crée une certaine incertitude réglementaire.
4. Obligations relatives à la chaîne de valeur et périmètre de scope 3
La CSDDD et la CSRD de l'UE imposent conjointement une obligation de diligence raisonnable tout au long de la chaîne de valeur et, pour de nombreuses entreprises, une obligation de publication des émissions de scope 3. La loi californienne SB 253 impose aux entreprises concernées de publier leurs émissions de scope 3. Le Royaume-Uni s'oriente vers des obligations en matière de scope 3 (prévues pour 2028). La Chine est en phase d'expérimentation progressive pour le Scope 3. Le Vietnam considère le Scope 3 comme volontaire. La position fédérale américaine est de supprimer les exigences relatives au Scope 3. Cette divergence crée une complexité opérationnelle significative pour les chaînes d'approvisionnement qui s'étendent sur plusieurs juridictions.
Analyse sectorielle : institutions financières et entreprises
Les institutions financières : gardiennes, catalyseurs et entités réglementées
Les institutions financières jouent un double rôle dans le paysage réglementaire ESG. Elles sont à la fois des entités directement réglementées — soumises à une surveillance prudentielle, à des exigences en matière de gouvernance des produits et à des obligations de divulgation — et des intermédiaires chargés de l'allocation des capitaux, dont les décisions en matière de crédit, d'investissement et d'assurance influencent la performance ESG de l'économie dans son ensemble. Ce double rôle signifie que la stratégie ESG des institutions financières relève à la fois de la conformité, de la gestion des risques et constitue une opportunité commerciale.
UE : un cadre réglementaire à plusieurs niveaux
Les banques et les institutions financières de l'UE sont soumises aux obligations ESG les plus strictes au monde :
- Lignes directrices de l'ABE sur la gestion des risques ESG : les banques doivent intégrer l'identification, la mesure, la gestion et le suivi des risques ESG dans leurs cadres de gestion des risques de crédit, de marché, opérationnels et de liquidité. Les lignes directrices de l'ABE sont contraignantes et font l'objet d'un contrôle prudentiel.
- Attentes de la BCE en matière de surveillance : La BCE a défini des attentes détaillées en matière de surveillance concernant la gestion des risques climatiques et environnementaux dans le cadre du Mécanisme de surveillance unique (MSU). Les banques doivent démontrer qu'elles disposent d'une planification crédible en matière de risque de transition, d'analyse des scénarios climatiques et de qualité des données.
- Publication d'informations ESG au titre du pilier 3 : les normes contraignantes de l'ABE relatives à la publication d'informations ESG au titre du pilier 3 imposent aux banques de publier des modèles standardisés couvrant l'empreinte carbone des contreparties, les expositions aux risques physiques et de transition, ainsi que les indicateurs d'alignement des portefeuilles, ce qui permet d'assurer la comparabilité entre les établissements de l'UE.
- SFDR (au niveau des produits) : les gestionnaires de fonds, les gestionnaires d'actifs et les conseillers financiers sont tenus de divulguer la manière dont les risques liés au développement durable sont pris en compte dans les décisions d'investissement et les produits, tant au niveau de l'entité qu'au niveau des produits. La réforme du SFDR (en cours) modifiera les catégories de produits ; dans l'intervalle, le cadre actuel continue de s'appliquer.
- Taxonomie de l'UE (article 8) : Les établissements de crédit et les entreprises d'investissement doivent rendre public le degré de conformité de leurs actifs avec la taxonomie — le ratio d'actifs verts (GAR) pour les banques — afin de permettre aux investisseurs et aux autorités de surveillance d'évaluer la conformité de leur portefeuille avec les activités durables.
Royaume-Uni : exigences prudentielles et étiquetage destiné aux consommateurs
Les établissements financiers britanniques sont soumis à un double cadre réglementaire : d'une part, les exigences prudentielles en matière de risques fixées par l'Autorité de régulation prudentielle (PRA) et, d'autre part, les normes de durabilité destinées aux consommateurs établies par l'Autorité des marchés financiers (FCA).
- PRA SS3/19 (mise à jour 2024) : Les banques et les assureurs doivent intégrer les risques climatiques dans leur gouvernance, leurs cadres de gestion de l'appétit pour le risque, leurs analyses de scénarios et leur gestion des fonds propres. La PRA attend une mise en œuvre proportionnée : les établissements plus grands et plus complexes feront l'objet d'un suivi prudentiel plus intensif.
- Règles de la FCA en matière de publication d'informations climatiques (PS21/24) : les gestionnaires d'actifs, les assureurs vie et les prestataires de retraite réglementés doivent publier des informations conformes aux recommandations du TCFD, tant au niveau de l'entité qu'au niveau des produits. La FCA a procédé à des évaluations de la qualité de ces informations et attend des améliorations continues.
- Labellisation SDR : quatre labels de durabilité sont disponibles pour les produits d'investissement. Ces labels exigent que les fonds répondent à des critères de durabilité spécifiques et vérifiables, et qu'ils divulguent leur stratégie, leurs indicateurs clés de performance (KPI) et leur approche en matière de gestion responsable. La règle anti-greenwashing s'applique à toutes les allégations de durabilité, et pas uniquement aux produits labellisés.
Suisse : ordonnance sur le climat et attentes de la FINMA
- Ordonnance sur la publication d'informations relatives au climat : les grandes banques et compagnies d'assurance suisses sont soumises aux obligations de publication d'informations relatives au climat prévues par l'ordonnance sur la publication d'informations relatives au climat, notamment à un reporting conforme aux recommandations du TCFD, assorti d'exigences en matière d'analyse de scénarios.
- Directive FINMA 01/2023 : définit les attentes de la surveillance en matière de gouvernance des risques climatiques, d'intégration de la gestion des risques et de publication d'informations. La FINMA attend des établissements qu'ils démontrent comment les risques climatiques sont pris en compte dans leurs cadres d'appétit pour le risque et leurs stratégies commerciales.
- Swiss Climate Scores : un outil de transparence normalisé permettant d'évaluer les caractéristiques climatiques des investissements financiers, qui permet aux investisseurs et aux clients de comparer leurs portefeuilles à des indices de référence climatiques.
États-Unis : une divulgation dictée par le marché dans un vide réglementaire
Les institutions financières américaines opèrent sans obligation fédérale contraignante en matière de publication d'informations ESG ou de gestion des risques au niveau des banques (les recommandations relatives au climat émises par l'OCC, la Réserve fédérale et la FDIC ont été revues à la baisse). Les grandes banques et les gestionnaires d'actifs américains — en particulier ceux qui opèrent à l'échelle mondiale — continuent de publier des données sur le climat et les critères ESG pour les raisons suivantes : les exigences réglementaires internationales (UE, Royaume-Uni) s'appliquent à leurs activités et produits européens ; les investisseurs institutionnels (en particulier non américains) l'exigent ; et les pratiques internes de gestion des risques l'imposent. La publication conforme aux recommandations du TCFD et l'adoption volontaire des normes de l'ISSB sont courantes parmi les grandes institutions financières américaines.
Chine : la finance verte sous l'égide de l'État
Les institutions financières chinoises opèrent dans un cadre de finance verte dicté par l'État. Le catalogue des obligations vertes de la Banque populaire de Chine (PBOC) classe les actifs éligibles ; les directives de la Commission de réglementation bancaire et d'assurance de Chine (CBIRC) exigent des banques et des assureurs qu'ils intègrent les risques environnementaux et climatiques dans leurs décisions de crédit et de souscription ; et les directives de l'Autorité de surveillance des marchés financiers de Chine (AMAC) en matière de divulgation ESG s'appliquent aux gestionnaires de fonds. Des normes nationales de divulgation en matière de durabilité — alignées sur celles de l'ISSB — formaliseront les exigences de reporting pour les institutions financières cotées en bourse. Les banques devraient produire des rapports de développement durable conformes à la fois aux objectifs de la politique nationale et aux exigences de cotation en bourse.
Vietnam : le secteur bancaire ESG en plein essor
Les banques vietnamiennes en sont encore aux prémices de l'intégration des critères ESG. La Banque d'État du Vietnam (SBV) a mis en place un cadre juridique pour le crédit vert, assorti d'exigences prudentielles imposant aux banques de suivre et de rendre compte de leurs activités de prêt vert. Les principales banques — notamment Vietcombank et BIDV — publient des rapports ESG structurés s'appuyant sur les lignes directrices de la GRI et les référentiels internationaux. Le programme de bonification d'intérêts de la SBV offre aux banques des incitations financières directes pour développer leurs portefeuilles de crédit vert. L'accès aux marchés financiers internationaux et aux institutions de financement du développement (IFC, BAD) exige de plus en plus des banques vietnamiennes qu'elles démontrent leur gouvernance ESG.
Entreprises : transformation opérationnelle et responsabilité tout au long de la chaîne de valeur
Pour les entreprises non financières, la stratégie ESG se concrétise à travers trois domaines interdépendants : la décarbonisation des activités, la gestion des chaînes d'approvisionnement et l'intégration de la durabilité dans les décisions relatives aux produits et à l'allocation des capitaux. Les exigences réglementaires découlant de la directive européenne CSDDD et de la directive CSRD, de la loi allemande sur la chaîne d'approvisionnement et de la loi californienne SB 253 sont en train de redéfinir la manière dont les chaînes d'approvisionnement mondiales sont structurées et gérées.
Institutions financières vs entreprises
La stratégie ESG se traduit de manière très différente selon la nature de l'activité. Les entreprises se concentrent sur leurs opérations concrètes et le cycle de vie de leurs produits, tandis que les institutions financières jouent un rôle de levier systémique, en mettant l'accent sur le risque de portefeuille et l'allocation des capitaux.
Domaines prioritaires par secteur
Pondération relative des ressources stratégiques et du capital
🏦
Institutions financières
Leur principal impact ESG ne réside pas dans la consommation d'énergie de leurs bureaux, mais dans l'empreinte carbone des entreprises auxquelles ils accordent des prêts ou dans lesquelles ils investissent. Leur stratégie met fortement l'accent sur la gestiondes émissions financées (Scope 3, catégorie 15), l'émission d'obligations vertes et l'intégration de modèles de risque climatique dans la notation de crédit.
🏭
Entreprises non financières
La stratégie revêt un caractère profondément opérationnel. Elle implique de repenser les chaînes d'approvisionnement, d'investir dans les énergies renouvelables pour les sites de production, de veiller au respect des pratiques de travail éthiques chez les fournisseurs de deuxième rang et de repenser les produits dans une optique de circularité (recyclabilité et réduction des émissions sur le cycle de vie).
Décarbonisation opérationnelle
La gestion des émissions de scope 1 et 2 est désormais une exigence de base pour les grandes entreprises dans les six juridictions examinées. Les méthodes sont bien établies : investissements dans l'efficacité énergétique, approvisionnement en énergies renouvelables (contrats d'achat d'électricité directs ou certificats), électrification du parc automobile et modification des processus industriels. La différenciation stratégique s'opère de plus en plus au niveau du scope 3 — c'est-à-dire la mesure et la réduction des émissions liées à la chaîne d'approvisionnement et à l'utilisation des produits — où la qualité des données, l'engagement des fournisseurs et la complexité méthodologique posent des défis opérationnels considérables.
Diligence raisonnable en matière de chaîne d'approvisionnement
La directive européenne CSDDD (devoir de diligence obligatoire en matière de droits de l'homme et d'environnement), la loi allemande sur la chaîne d'approvisionnement (Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz) et la loi britannique sur l'esclavage moderne établissent un ensemble à plusieurs niveaux d'obligations en matière de responsabilité dans la chaîne d'approvisionnement pour les entreprises opérant sur les marchés européens ou qui y fournissent des produits. Les entreprises sont tenues d'identifier, d'évaluer et, le cas échéant, de remédier aux impacts négatifs sur les droits de l'homme et l'environnement dans leurs chaînes de valeur en amont et en aval — s'étendant dans certains cas aux fournisseurs de « niveau N ». Cela nécessite des investissements dans la numérisation de la chaîne d'approvisionnement, dans des programmes d'engagement des fournisseurs, ainsi que dans des infrastructures d'audit et de remédiation.
Secteur technologique : IA et empreinte ESG numérique
L'empreinte environnementale des infrastructures numériques, en particulier celle des systèmes d'intelligence artificielle, constitue un enjeu ESG majeur et en pleine expansion pour les entreprises à forte intensité technologique. La consommation d'électricité et d'eau liée à l'entraînement et à l'inférence des grands modèles linguistiques devient un enjeu ESG significatif : elle figure désormais dans les rapports de développement durable des entreprises, les questionnaires destinés aux investisseurs et, dans certaines juridictions, fait l'objet d'obligations réglementaires de divulgation. Les entreprises qui déploient l'IA à grande échelle sont soumises à une pression croissante pour rendre compte de l'empreinte environnementale de leur pile technologique et la réduire.
Allocation des capitaux et planification de la transition
Les cadres réglementaires de l'UE et de la Suisse exigent explicitement des entreprises et des établissements financiers concernés qu'ils élaborent et publient des plans de transition crédibles, montrant comment leurs dépenses d'investissement, leur modèle économique et leur stratégie évolueront pour s'aligner sur les objectifs climatiques. La planification de la transition passe d'un simple exercice de publication d'informations à une fonction stratégique relevant du conseil d'administration, les autorités de surveillance évaluant la crédibilité des plans et les codes de bonne gouvernance des investisseurs liant la rémunération des dirigeants aux étapes clés de la transition.
PME : comment gérer les obligations indirectes, les exigences du marché et les opportunités
Les petites et moyennes entreprises (PME) sont largement exemptées des obligations légales directes en matière de reporting ESG décrites dans le présent rapport : les seuils fixés dans la plupart des juridictions (effectifs, chiffre d'affaires, critères d'intérêt public) sont en effet conçus pour s'appliquer aux grandes entreprises. Cependant, l'idée selon laquelle les questions ESG ne concernent pas les PME est de plus en plus difficile à défendre. Les mécanismes par lesquels les questions ESG touchent les PME sont indirects mais puissants, et dans certains cas, ils revêtent une urgence commerciale plus grande que la simple conformité réglementaire.
Comment les critères ESG touchent les PME
L'effet d'entraînement des PME
Les petites et moyennes entreprises (PME) peuvent ne pas atteindre les seuils réglementaires directs, mais elles sont intrinsèquement prises dans les mailles du filet ESG. Étant donné que les grandes entreprises doivent déclarer leurs émissions de scope 3 (chaîne de valeur) et les données relatives aux droits de l’homme dans leur chaîne d’approvisionnement, elles imposent de force ces exigences à leurs fournisseurs, qui sont des PME de plus petite taille.
La cascade de conformité descendante
Autorités de régulation et investisseurs internationaux
Exigez des données de qualité auditable et la décarbonisation du portefeuille
Entreprises multinationales
Nous avons besoin des données relatives aux émissions de carbone de scope 3 de tous nos fournisseurs afin de respecter les règles de la CSRD et de la SEC.
Banques commerciales
Exiger des emprunteurs qu'ils fournissent leurs scores ESG afin d'évaluer le risque climatique dans les portefeuilles de prêts.
PME (la chaîne d'approvisionnement)
Faire face à une charge administrative considérable sans disposer de budgets spécifiques pour le développement durable. Risquer de perdre des contrats importants ou de se voir imposer des taux d'intérêt plus élevés sur les prêts en cas de non-conformité.
Le fardeau des données
Les PME reçoivent des dizaines de questionnaires ESG non standardisés de la part de différentes entreprises clientes, ce qui mobilise d'importantes ressources opérationnelles.
Accès au capital
Les banques proposent de plus en plus de « prêts liés au développement durable ». Les PME dont les indicateurs ESG sont médiocres doivent faire face à des coûts d'emprunt plus élevés ou se voient refuser l'accès au capital.
L'opportunité
Les PME qui mesurent de manière proactive leur empreinte écologique deviennent des « fournisseurs privilégiés », ce qui leur confère un avantage concurrentiel considérable dans le domaine des achats interentreprises.
1. Les exigences en matière de données de type « cascade » et de chaîne de valeur pour le Scope 3
Lorsqu'une grande entreprise doit déclarer ses émissions de scope 3 dans le cadre de la directive européenne CSRD, de la loi californienne SB 253 ou des obligations progressives du Royaume-Uni, elle a besoin des données d'activité de ses fournisseurs, y compris celles des PME. Cela crée un effet « en cascade » : les exigences ESG se répercutent de la grande entreprise réglementée vers sa chaîne d'approvisionnement non réglementée. Les PME qui ne peuvent pas fournir de données standardisées et crédibles sur leurs émissions et leur durabilité risquent de perdre leur statut de fournisseur privilégié ou d'être remplacées par des fournisseurs qui en sont capables. Il ne s'agit pas d'un risque futur : cela modifie déjà les décisions d'approvisionnement dans des secteurs tels que l'automobile, l'alimentation et les boissons, l'habillement et l'électronique.
2. Accès au financement et conditions de prêt
Les banques de l'Union européenne, du Royaume-Uni et de la Suisse intègrent les critères ESG dans leurs processus d'évaluation et d'octroi de crédit — en partie pour répondre aux attentes réglementaires, et en partie parce que les risques ESG sont de plus en plus considérés comme des risques de crédit. Les PME qui ne peuvent pas démontrer une gouvernance ESG de base sont confrontées à des coûts d'emprunt plus élevés, à des limites de crédit réduites ou à l'exclusion des instruments de finance verte et durable. À l'inverse, les PME des secteurs prioritaires qui peuvent démontrer leurs performances en matière de durabilité ont accès à des conditions de crédit préférentielles, à des obligations vertes et à des structures de prêt liées à la durabilité.
3. Marchés publics
La réglementation en matière de marchés publics au sein de l'UE et dans plusieurs États membres intègre de plus en plus des critères ESG et de durabilité dans les exigences des appels d'offres publics. Les PME qui soumissionnent pour des marchés publics dans des secteurs réglementés doivent démontrer qu'elles respectent des normes minimales de durabilité, notamment en matière de systèmes de gestion environnementale, de politiques relatives à la main-d'œuvre et (dans certains cas) de données sur les émissions.
4. Sélection des investisseurs et des parties prenantes
Les PME qui sont des sociétés bénéficiaires d'investissements, des cibles d'acquisition ou des partenaires de coentreprise pour de grandes entreprises ou des fonds de capital-investissement font de plus en plus l'objet d'une diligence raisonnable en matière d'ESG — une étape incontournable des évaluations préalables à l'investissement et à l'acquisition.
Dynamique des PME selon les juridictions
L'UE : le cadre de protection des PME le plus complet
Le paquet Omnibus I de l'UE constitue l'exemple le plus flagrant au monde d'une décision réglementaire visant à protéger les PME du fardeau lié au reporting ESG. Parmi ses principales dispositions, on peut citer :
- Le relèvement du seuil d'application de la directive CSRD aux entreprises comptant plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d'affaires net dépasse 450 millions d'euros — ce qui exempte une grande partie des entreprises de taille intermédiaire qui relevaient auparavant de son champ d'application.
- Exclure les PME cotées en bourse de l'obligation de déclaration prévue par la CSRD (elles peuvent recourir à une norme volontaire).
- Limitation des demandes de données relatives à la chaîne de valeur : les entreprises relevant du champ d'application de la CSRD ne peuvent pas demander à leurs fournisseurs comptant moins de 1 000 salariés davantage d'informations que ce qui est requis par une future norme volontaire de reporting pour les PME (VSME — la norme volontaire EFRAG pour les PME).
- Norme VSME : l'EFRAG a publié la norme VSME afin d'offrir aux PME un moyen proportionné et harmonisé de répondre aux demandes d'informations émanant de leurs clients, des banques et des investisseurs, réduisant ainsi les coûts liés à la fragmentation résultant de la nécessité de remplir de multiples questionnaires différents.
Suisse : outils pratiques et infrastructure de marché
La Suisse a mis en place une infrastructure concrète en matière de développement durable destinée aux PME. Le portail des PME de la Confédération propose des conseils sur la gestion des ressources naturelles. La plateforme « Go for Impact », soutenue par Swiss Sustainable Finance, aide les PME à réaliser des analyses de matérialité et à fixer des objectifs de réduction des émissions, facilitant ainsi leur accès aux instruments de financement durable. L'intégration des critères ESG dans les pratiques de crédit du secteur bancaire suisse crée des incitations financières directes pour les PME suisses à démontrer leurs performances en matière de développement durable.
Vietnam : le crédit vert, principal levier pour les PME
Pour les PME vietnamiennes, le principal facteur ESG est l’accès au crédit vert. Le cadre politique de la Banque d’État du Vietnam (SBV) — qui prévoit une réduction des pondérations de risque de crédit, des bonifications d’intérêt pour les investissements verts et une nouvelle taxonomie verte — crée des incitations financières qui revêtent un intérêt plus immédiat pour les PME vietnamiennes que le respect des obligations de publication. Les PME vietnamiennes qui exportent vers l’UE sont confrontées à des pressions supplémentaires liées au mécanisme CBAM (pour les secteurs à forte intensité carbone) et aux exigences des acheteurs européens en matière de données sur la chaîne d’approvisionnement.
États-Unis : dynamique du marché et au niveau des États
Les PME américaines sont principalement concernées par les exigences ESG dictées par le marché (acheteurs, investisseurs) et, pour celles qui exercent leurs activités en Californie, par les obligations imposées au niveau de l'État qui s'appliquent à leurs grandes entreprises clientes. La loi californienne SB 253 imposera aux grandes entreprises de déclarer leurs émissions de scope 3, ce qui entraînera des exigences en matière de données tout au long de la chaîne d'approvisionnement, jusqu'aux fournisseurs PME.
Chine : écosystème boursier et positionnement dans la chaîne d'approvisionnement
Les PME chinoises qui font partie des chaînes d'approvisionnement de grandes sociétés cotées en bourse — en particulier celles soumises à l'obligation de publication de rapports de développement durable — sont confrontées à un nombre croissant de demandes de données. Les PME non cotées sont principalement concernées par les pressions du marché plutôt que par des exigences réglementaires directes. Pour les PME qui souhaitent accéder aux marchés financiers internationaux ou à des financements destinés au développement, la gouvernance ESG et la capacité à établir des rapports constituent une condition préalable de plus en plus importante.
Les obstacles courants rencontrés par les PME et comment les surmonter
| Barrière | Manifestation | Réponse pratique |
|---|---|---|
| Disponibilité des données | Impossibilité de calculer les données sociales relatives au Scope 3 ou à la chaîne d'approvisionnement | Utilisez comme point de départ des facteurs d'émission basés sur les dépenses ou sur la moyenne du secteur ; la norme VSME fournit un modèle de données adapté |
| Déficit de capacités | Absence d'expertise interne en matière d'ESG ; difficulté à mettre en correspondance les exigences avec les référentiels pertinents | les recommandations du VSME et de l'EFRAG ; les portails nationaux dédiés aux PME ; les boîtes à outils des associations professionnelles ; les plateformes ESG numériques destinées aux PME |
| Coût de la fragmentation | Plusieurs clients demandent des données dans différents formats et cadres | L'adoption de l'ISSB réduit la fragmentation à l'échelle mondiale ; le VSME limite les demandes relatives à la chaîne de valeur au sein de l'UE ; les questionnaires standardisés réduisent les doublons |
| Coût des systèmes | Les logiciels ESG et les services d'assurance externe sont conçus et tarifés pour les grandes entreprises | Outils numériques légers ; approches d'assurance proportionnées ; infrastructures partagées par l'intermédiaire d'organismes professionnels ou de plateformes sectorielles |
| Incertitude réglementaire | Difficulté à hiérarchiser les actions lorsque les exigences évoluent rapidement | Concentrez-vous sur les fondements en matière de données et de gouvernance — ceux-ci restent stables, quelles que soient les modifications apportées aux cadres spécifiques ; procédez par étapes |
Exemples institutionnels : la stratégie ESG en pratique
Les exemples suivants montrent comment la stratégie ESG est mise en œuvre dans différents secteurs et juridictions, et comment le contexte réglementaire influence les choix en matière de publication d'informations, la définition d'objectifs et la conception des mécanismes de gouvernance.
Établissements financiers
BNP Paribas (UE — France)
La stratégie de développement durable de BNP Paribas illustre la manière dont les banques de l'UE traduisent leurs obligations ESG en politiques de portefeuille et en engagement auprès de leurs clients. La banque publie des politiques de financement sectorielles détaillées (exclusions des énergies fossiles, engagements en faveur de la transition), des objectifs de financement de la transition, ainsi qu'un reporting axé sur le climat conforme aux piliers du TCFD et aux ESRS. Sa stratégie ESG se concrétise par des limites sectorielles, des programmes d'engagement des clients en faveur de la transition et un suivi des émissions financées selon la norme PCAF.
HSBC (Royaume-Uni)
La stratégie climatique de HSBC met l'accent sur les objectifs d'émissions financés et facilités, communiqués au moyen de dossiers de données ESG structurés qui s'appuient sur la méthodologie PCAF, intègrent des notes de qualité évaluant l'exhaustivité des données et font l'objet d'une assurance limitée externe. Cette approche montre comment une banque mondiale soumise aux exigences réglementaires britanniques gère le dilemme entre des engagements de transition ambitieux et les limites en matière de qualité des données — en reconnaissant les lacunes de manière transparente tout en s'efforçant d'assurer une couverture plus complète.
UBS (Suisse)
UBS articule son approche en matière de développement durable autour de piliers stratégiques — investir pour un avenir durable, financer la transition et réduire son propre impact — et publie des informations détaillées conformément au droit des sociétés suisse, aux recommandations du TCFD et aux cadres volontaires de bonnes pratiques. Son rapport sur le développement durable montre comment les institutions financières suisses s’alignent sur des normes en constante évolution tout en conservant la flexibilité d’une architecture de reporting axée sur le marché (plutôt que entièrement réglementée).
JPMorgan Chase (États-Unis)
Le rapport climatique de JPMorgan Chase présente des informations détaillées sur les émissions financées et induites par le groupe, par secteur, ainsi que sur ses objectifs en matière de financement de la transition et sa méthodologie d'intégration des risques climatiques. Il illustre ainsi comment les grandes institutions financières américaines assurent une communication volontaire exhaustive en l'absence d'exigences fédérales obligatoires. Ce rapport s'articule autour des attentes des investisseurs et des parties prenantes plutôt que sur la conformité réglementaire, ce qui démontre le caractère axé sur le marché des pratiques ESG du secteur financier américain.
ICBC (Chine)
Le rapport de développement durable de l'ICBC reflète l'alignement de la stratégie ESG de la banque chinoise sur les priorités politiques nationales : les volumes de finance verte, le soutien à la transition du secteur énergétique et l'alignement sur les objectifs nationaux de neutralité carbone y occupent une place prépondérante. La structure du rapport s'articule autour des piliers « gouvernance – environnement – social », conformément aux directives des bourses en matière de reporting de développement durable, illustrant ainsi la manière dont les banques chinoises intègrent les objectifs politiques nationaux aux nouvelles normes internationales de publication d'informations.
Vietcombank (Vietnam)
Le rapport ESG de Vietcombank montre comment une institution financière d'un marché émergent adopte un système de reporting ESG structuré qui couvre les initiatives de finance durable, la gestion environnementale et la gouvernance, conformément aux recommandations du SSC et au cadre de la politique de crédit vert de la Banque d'État du Vietnam (SBV). Ce rapport s'appuie sur des référentiels internationaux (GRI) tout en tenant compte des priorités du contexte réglementaire vietnamien, notamment les objectifs de croissance du crédit vert et le renforcement des capacités en matière de risques climatiques.
Entreprises non financières
Siemens (UE — Allemagne)
Siemens intègre les critères ESG à sa stratégie produit plutôt que de les considérer uniquement comme une question de conformité. Ses publications sur le développement durable présentent les critères ESG comme un moyen de permettre à ses clients de réduire leurs émissions (émissions évitées grâce à la technologie), d'accroître la transparence tout au long de la chaîne de valeur et de favoriser la décarbonisation opérationnelle — illustrant ainsi comment les entreprises industrielles de l'UE concilient la conformité réglementaire (CSRD, CSDDD) et la création de valeur commerciale par le biais du développement durable.
Unilever (Royaume-Uni)
Les informations fournies par Unilever dans le cadre de son reporting intégré et de sa gouvernance mettent en évidence la supervision des questions de développement durable au niveau du conseil d'administration, l'intégration des indicateurs de développement durable dans la gestion de la performance des dirigeants, ainsi que des données sociales et environnementales détaillées sur l'ensemble de la chaîne de valeur. L'approche d'Unilever illustre la manière dont une entreprise mondiale du secteur des biens de grande consommation met en pratique le principe de la double matérialité : elle évalue à la fois les risques financiers liés aux enjeux ESG et leurs impacts sur les personnes et l'environnement tout au long d'une chaîne d'approvisionnement complexe et à plusieurs niveaux.
Nestlé (Suisse)
La déclaration non financière de Nestlé fait explicitement référence aux obligations prévues par le Code suisse des obligations et couvre la performance environnementale, les questions sociales et liées au travail, les droits de l'homme et la lutte contre la corruption. Ce document montre comment le droit suisse des sociétés encadre le reporting ESG, tandis que l'alignement volontaire sur les attentes de la directive européenne CSRD anticipe les exigences en matière de données tout au long de la chaîne de valeur formulées par les clients et partenaires de l'UE.
Microsoft (États-Unis)
Le reporting de Microsoft en matière de durabilité environnementale s'articule autour de quatre objectifs chiffrés pour 2030 : atteindre une empreinte carbone négative, un bilan hydrique positif, le zéro déchet et la protection des écosystèmes. Cette approche, axée sur les indicateurs clés de performance (KPI), inclut explicitement les émissions de la chaîne de valeur de scope 3 — bien qu'aucune obligation fédérale ne l'impose —, reflétant ainsi les attentes des investisseurs, l'applicabilité de la législation californienne et l'exposition réglementaire mondiale de l'entreprise. Microsoft constitue également une étude de cas importante pour le défi ESG lié à l'IA et à l'empreinte numérique : l'entreprise divulgue l'impact environnemental de l'expansion de ses centres de données et de la croissance de la charge de travail liée à l'IA.
BYD (Chine)
Le rapport de développement durable publié par BYD dans le cadre de son introduction en bourse à Hong Kong illustre la manière dont une grande entreprise industrielle chinoise rend compte de ses performances ESG sur les plans de la gouvernance, de l'environnement (notamment la contribution directe de ses produits à l'électrification du parc automobile et à la réduction des émissions) et du social. Ce rapport tient compte à la fois des attentes des investisseurs sur les marchés financiers internationaux et du contexte politique chinois, caractérisé par l'extension obligatoire des obligations de reporting en matière de développement durable et par les objectifs nationaux de neutralité carbone.
Vinamilk (Vietnam)
Vinamilk illustre l'approche hybride couramment adoptée par les grandes sociétés cotées vietnamiennes : la publication obligatoire d'informations financières, exigée par la réglementation sur les valeurs mobilières, est associée à un reporting volontaire en matière de développement durable, conforme aux meilleures pratiques internationales. Les communications de l'entreprise en matière de développement durable reflètent la double contrainte que constituent la conformité à la réglementation nationale et les exigences ESG des marchés d'exportation — ce qui revêt une importance particulière au regard du mécanisme CBAM de l'UE et des cadres de diligence raisonnable applicables à la chaîne d'approvisionnement.
Principaux indicateurs ESG et cadres de reporting
Principales catégories d'indicateurs clés de performance (KPI) dans les différentes juridictions
| Famille des indicateurs clés de performance | Indicateurs clés | Méthodes/normes principales | Lorsque cela est obligatoire (2026) |
|---|---|---|---|
| Climat et énergie | Émissions de GES de scope 1, 2 et 3 ; consommation d'énergie ; part des énergies renouvelables ; intensité carbone ; étapes clés du plan de transition | Norme d'entreprise du GHG Protocol ; Norme Scope 3 ; PCAF (secteur financier) | UE (ESRS E1) ; Suisse ; Californie (loi SB 253) ; Chine (directives des bourses) ; Royaume-Uni (conforme aux recommandations du TCFD) |
| L'eau et la pollution | Prélèvements et consommation d'eau ; qualité des effluents ; rejets de polluants dans l'air, l'eau et le sol ; incidents liés à des déversements | Normes thématiques de l'ESRS (UE) ; GRI 303/304/305 ; normes sectorielles | UE (ESRS E2/E3) ; facultatif dans les autres juridictions |
| Biodiversité et utilisation des sols | Impacts sur les zones sensibles du point de vue de la biodiversité ; changement d'affectation des sols ; dépendance vis-à-vis des services écosystémiques | ESRS E4 ; TNFD (initiative volontaire à l'échelle mondiale) | UE (ESRS E4) ; facultatif ailleurs |
| Utilisation des ressources et économie circulaire | Volume total de déchets par type et mode d'élimination ; déchets dangereux ; taux de recyclage et de réutilisation ; indicateurs de circularité | ESRS E5 ; GRI 306 | UE (ESRS E5) ; GRI (application volontaire à l'échelle mondiale) |
| Travail et affaires sociales | Effectifs et composition démographique ; écart de rémunération entre les hommes et les femmes ; fréquence et gravité des accidents ; heures de formation ; couverture des négociations collectives ; indicateurs du salaire minimum vital | Normes GRI relatives à la main-d'œuvre ; ESRS S1 ; Déclaration sur l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes au Royaume-Uni | UE (ESRS S1) ; Royaume-Uni (écart de rémunération entre les hommes et les femmes pour les employeurs de plus de 250 salariés) ; autres pays : sur une base volontaire |
| Les travailleurs et les communautés de la chaîne de valeur | Portée des audits des fournisseurs ; infractions constatées ; délais de mise en conformité ; recours au mécanisme de traitement des griefs ; implication de la communauté | GRI 414/413 ; ESRS S2/S3 ; diligence raisonnable CSDDD | UE (ESRS S2/S3 le cas échéant ; CSDDD pour les grandes entreprises) |
| Gouvernance et conduite des affaires | Indépendance et diversité au sein du conseil d'administration ; formation à la lutte contre la corruption ; cas avérés de corruption ; indicateurs relatifs au lancement d'alerte ; transparence fiscale | GRI 205/207 ; ESRS G1 ; codes nationaux de gouvernance d'entreprise | UE (ESRS G1) ; Chine (directives boursières) ; codes de gouvernance d'entreprise du Royaume-Uni et de la Suisse |
| Établissements financiers (portefeuille) | Émissions financées et facilitées par secteur ; ratio d'actifs verts (banques) ; indicateurs d'alignement du portefeuille ; exposition aux actifs à forte intensité carbone et aux actifs exposés à des risques physiques ; étapes clés du plan de transition | Norme mondiale de comptabilisation des GES du PCAF ; modèles du pilier 3 de l'ABE ; recommandations du TCFD | UE (pilier 3 de l'ABE ; PAI au titre du SFDR) ; Royaume-Uni (directive de la FCA sur la publication d'informations climatiques PS21/24) ; Suisse (FINMA) |
Normes de reporting : le contexte mondial
IFRS S1 et S2 (ISSB)
Les normes IFRS S1 (informations financières générales liées au développement durable) et S2 (informations liées au climat) de l’International Sustainability Standards Board constituent la nouvelle référence mondiale en matière de reporting de développement durable destiné aux investisseurs. Les normes S1 et S2 s’appuient directement sur les recommandations du TCFD et sont adoptées, prises en référence ou alignées par plus de 20 juridictions à travers le monde. Elles constituent la colonne vertébrale du UK SRS britannique, des normes nationales chinoises en cours d'élaboration, et servent de points de référence pour le reporting suisse.
ESRS (UE)
Les normes européennes de reporting en matière de durabilité (ESRS) prévues par la directive CSRD constituent les normes de reporting en matière de durabilité les plus détaillées et les plus contraignantes au monde. Elles couvrent 12 domaines thématiques répartis entre l'environnement (E1–E5), le social (S1–S4) et la gouvernance (G1), ainsi que des normes transversales (ESRS 1 et 2) portant sur les principes généraux et les informations relatives à la gouvernance. À la suite de l'Omnibus I, un processus de révision est en cours afin de réduire les données de moindre priorité et de clarifier l'application du critère de matérialité.
Normes universelles du GRI
Les normes universelles de la Global Reporting Initiative (GRI) constituent le référentiel de reporting volontaire en matière de développement durable le plus largement utilisé à l'échelle mondiale, adopté par des entreprises dans plus de 100 pays. La GRI encourage un reporting axé sur l'impact et est particulièrement répandue sur les marchés dépourvus de cadre réglementaire obligatoire en matière de divulgation, notamment au Vietnam, où les principaux émetteurs se réfèrent à la GRI en tant que norme complémentaire. Les normes GRI sont également explicitement mentionnées dans l'ESRS, ce qui permet aux entreprises qui utilisent la GRI de satisfaire partiellement aux exigences de l'ESRS.
Perspectives stratégiques : incertitudes et implications pour les organisations
Principales incertitudes en mars 2026
Révision de l'ESRS de l'UE et réforme du SFDR
L'Omnibus I prévoit une révision de l'ESRS dans les six mois suivant son entrée en vigueur — attendue d'ici fin 2026 — afin de supprimer les données de moindre importance, de renforcer les orientations relatives à l'application du critère de matérialité et de s'aligner sur le champ d'application révisé de la CSRD. Les entreprises devraient considérer les exigences de l'ESRS comme une cible mouvante à court terme et mettre en place des systèmes de données capables de s'adapter. La réforme du SFDR modifiera les catégories de classification des produits et les obligations d'information pour les gestionnaires d'actifs et les conseillers financiers ; le calendrier de finalisation n'est pas encore défini.
Évolution de la situation aux États-Unis
Les règles de la SEC en matière de climat sont suspendues et ne font l'objet d'aucune défense ; la procédure judiciaire devant la Cour d'appel du huitième circuit se poursuit sans la participation de la SEC. Il est peu probable que le paysage réglementaire fédéral en matière de divulgation climatique se stabilise en 2026. Toutefois, les exigences de la législation californienne, les obligations réglementaires internationales pesant sur les entreprises américaines opérant à l'échelle mondiale et la demande des investisseurs maintiendront la pression en faveur de la divulgation ESG sur les grandes entreprises américaines, quelle que soit l'issue de la procédure fédérale.
Dates d'entrée en vigueur de l'obligation relative au SRS au Royaume-Uni
Le Royaume-Uni a publié des normes britanniques de reporting en matière de développement durable destinées à un usage volontaire, mais leur application obligatoire nécessitera l'adoption d'une future législation. Le calendrier et le champ d'application d'une telle obligation — notamment la question de savoir si elle s'appliquera aux sociétés cotées, aux grandes entreprises privées ou aux deux — restent encore à déterminer. L'approche du Royaume-Uni consiste à suivre l'évolution de la situation au niveau international (adoption des normes de l'ISSB, résultats au sein de l'UE) avant de légiférer.
L'ampleur de la mise en œuvre en Chine et l'évolution au Vietnam
Les directives chinoises en matière de reporting de développement durable applicables aux bourses sont obligatoires pour les rapports de l'exercice 2025 (à remettre en avril 2026) ; une application plus large, par le biais de normes nationales de publication d'informations sur le développement durable, est en cours d'élaboration progressive. Il faudra plusieurs années pour que l'ampleur de la mise en œuvre concrète — notamment en ce qui concerne les données de scope 3 et celles relatives à la chaîne d'approvisionnement — apparaisse clairement. L'évolution de la réglementation vietnamienne, marquée par des circulaires modificatives successives, engendre une certaine incertitude ; l'accessibilité des sources primaires en anglais reste inégale.
Implications stratégiques pour les organisations
Pour les multinationales
- Mettre en place une architecture de données ESG unique capable de répondre à la fois aux exigences en matière de double matérialité (UE, Suisse) et de matérialité en termes de valeur d'entreprise (Royaume-Uni, États-Unis, Chine) — le surcoût lié à l'approche plus large de la double matérialité est inférieur à celui lié à la gestion de systèmes parallèles.
- Il faut dès maintenant donner la priorité à l'infrastructure de données de la chaîne de valeur : les données de scope 3 et les données sociales relatives à la chaîne d'approvisionnement constituent le défi le plus complexe et celui dont la mise en œuvre prend le plus de temps — et représentent l'exigence réglementaire qui connaît la croissance la plus rapide dans toutes les juridictions.
- Intégrer les critères ESG dans la planification de la transition au niveau du conseil d'administration : les attentes des autorités de surveillance dans l'UE et au Royaume-Uni, ainsi que les codes de gouvernance d'entreprise à l'échelle mondiale, font passer la planification de la transition du simple exercice de communication d'informations à une fonction stratégique de gouvernance.
- Suivre de près la révision de l'ESRS et la réforme du SFDR : les changements importants apportés aux exigences de l'UE en matière de données à la fin de l'année 2026 auront des répercussions tant sur les obligations de déclaration que sur les investissements dans les systèmes de données.
À l'intention des établissements financiers
- La mesure des émissions liées aux activités de financement et l'alignement des portefeuilles sont en train de devenir les indicateurs ESG clés pour les institutions financières du monde entier. L'adoption du PCAF, l'amélioration de la qualité des données et la définition d'objectifs sectoriels constituent des priorités stratégiques.
- La gouvernance des produits et la conformité aux dispositions anti-greenwashing (SDR au Royaume-Uni, SFDR dans l'Union européenne, législation générale sur les valeurs mobilières aux États-Unis) exigent la mise en place de contrôles internes rigoureux en matière de marketing lié au développement durable et de classification des produits.
- L'analyse des scénarios climatiques et les tests de résistance font partie des exigences prudentielles dans l'Union européenne, au Royaume-Uni et en Suisse — et de plus en plus dans d'autres pays. Le renforcement des capacités institutionnelles dans ce domaine constitue un investissement s'étalant sur plusieurs années.
Pour les PME
- Concentrez-vous sur les fondements des données : le calcul des émissions de scope 1 et 2, les indicateurs de base relatifs aux effectifs et à la gouvernance, ainsi que la cartographie de la chaîne d'approvisionnement — ces éléments restent stables malgré les changements de cadre réglementaire et répondent directement aux demandes de données des clients et des prêteurs.
- Utilisez des outils standardisés : la norme VSME (UE), les portails nationaux d'orientation destinés aux PME et les boîtes à outils proposées par les associations professionnelles permettent de réduire considérablement le coût et la complexité du reporting ESG par rapport aux approches sur mesure.
- Considérez la préparation ESG comme un atout commercial : les PME disposant de données crédibles et structurées en matière de développement durable peuvent se démarquer dans le cadre des marchés publics, bénéficier de conditions de financement préférentielles et se positionner comme des partenaires résilients au sein de la chaîne d'approvisionnement — un avantage concurrentiel qui s'amplifie avec le temps.
Conclusion
La stratégie ESG a achevé sa transformation, passant d'un exercice discrétionnaire et narratif à une discipline ancrée dans la gouvernance, avec des implications juridiques, financières et opérationnelles. Dans les six juridictions examinées dans le présent rapport, la tendance est la même : des informations quantitatives, prêtes à être auditées et destinées aux investisseurs remplacent les vagues discours sur la durabilité ; le risque climatique est considéré comme un risque financier ; et la responsabilité tout au long de la chaîne de valeur s'étend des grandes entreprises à leurs fournisseurs.
Les divergences restent réelles et substantielles. L’exigence de double matérialité de l’UE, les indicateurs clés de performance (KPI) obligatoires en matière de taxonomie et les obligations de diligence raisonnable tout au long de la chaîne de valeur prévues par la directive CSDDD traduisent un niveau d’intégration ESG qu’aucune autre juridiction n’atteint actuellement. Le recul du gouvernement fédéral américain en matière de publication d’informations sur le climat crée un paysage divisé, où la législation californienne et la demande des investisseurs imposent des obligations que la réglementation fédérale a abandonnées. Le modèle chinois, piloté par l'État — intégrant des marchés nationaux du carbone, des obligations de déclaration boursière et une politique de finance verte —, se concrétise rapidement en un régime complet et applicable. Le Vietnam met en place de toutes pièces l'infrastructure juridique nécessaire à la finance verte, en privilégiant les incitations plutôt que les obligations comme principal levier.
Pour les organisations opérant à l'échelle mondiale, les implications pratiques sont claires : il faut élaborer une stratégie ESG et une architecture de données en s'appuyant sur les exigences les plus strictes — le cadre de double matérialité de l'UE, les indicateurs CSRD/ESRS et les obligations de diligence raisonnable tout au long de la chaîne de valeur. Cet investissement répond aux exigences actuelles et prévisibles de toutes les autres juridictions. Il positionne également l'organisation face à la convergence en cours : l'écart entre la double matérialité et la matérialité en termes de valeur d'entreprise se réduit à mesure que les investisseurs du monde entier reconnaissent que les données d'impact sont des données de risque.
Les organisations les mieux placées pour aborder la décennie à venir seront celles qui considèrent les critères ESG non pas comme une simple obligation de reporting, mais comme un système d'intelligence stratégique : une capacité à comprendre comment leur activité influence le monde qui les entoure et en subit l'influence, et à transformer cette compréhension en avantage concurrentiel, en efficacité du capital et en résilience à long terme.
Foire aux questions
Principes fondamentaux de l'ESG
Qu'est-ce que l'ESG ?
ESG est l'acronyme de « Environmental, Social, and Governance » (environnement, social et gouvernance). Il désigne un ensemble de critères utilisés pour évaluer l'exposition d'une entreprise aux risques liés au développement durable ainsi que son impact sur la société et l'environnement. Pour les investisseurs, les critères ESG guident les décisions d'allocation des capitaux. Pour les régulateurs, ils constituent la base des cadres de publication obligatoire, notamment les normes CSRD, SFDR et ISSB.
Que signifie ESG ?
ESG est l'acronyme de « Environmental, Social, and Governance » (environnement, social et gouvernance) — les trois dimensions utilisées pour évaluer les risques non financiers, les impacts et les pratiques de gouvernance d'une entreprise. Le volet « E » (environnement) couvre le climat, l'eau, la biodiversité et la pollution. Le volet « S » (social) couvre le personnel, les droits de l'homme et les communautés. Le volet « G » (gouvernance) couvre la structure du conseil d'administration, l'éthique et la conformité.
Qu'est-ce qu'une stratégie ESG ?
Une stratégie ESG est l'approche structurée adoptée par une entreprise pour identifier, gérer et communiquer les risques et opportunités significatifs en matière d'environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance. Elle intègre les considérations ESG dans la gouvernance, les activités opérationnelles, la définition des objectifs ainsi que dans les rapports destinés aux investisseurs et aux autorités de régulation. Dans le cadre de dispositifs tels quela CSRD/ESRS, une stratégie ESG doit s'appuyer sur des évaluations formelles de la matérialité et être soumise au contrôle du conseil d'administration.
Qu'est-ce que le reporting ESG ?
Le reporting ESG désigne le processus par lequel les entreprises publient des informations quantitatives et qualitatives sur leurs performances en matière d'environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance. Parmi les cadres réglementaires obligatoires, on peut citerla directive CSRD et les normes ESRS au sein de l'Union européenne, les règles alignées sur les recommandations du TCFD au Royaume-Uni et en Suisse, les directives boursières en Chine, ainsi que les normes volontaires de l'ISSB à l'échelle mondiale. L'objectif est de fournir des données comparables et utiles à la prise de décision aux investisseurs, aux régulateurs et aux parties prenantes.
Qu'est-ce que la conformité ESG ?
La conformité ESG désigne le respect des obligations légales et réglementaires relatives à la publication d'informations sur le développement durable et à la diligence raisonnable. Ces obligations varient considérablement d'une juridiction à l'autre : les entreprises de l'UE relevant du champ d'application de la CSRD doivent établir des rapports conformément aux ESRS; les institutions financières de l'UE doivent se conformer aux règles de transparence des produits prévues par le SFDR ; les grandes entreprises suisses doivent publier des rapports conformes aux recommandations du TCFD; les sociétés cotées chinoises doivent publier des rapports de développement durable. Tout manquement à ces obligations peut entraîner des sanctions réglementaires ou la perte de l'accès au marché.
Qu'est-ce que les données ESG ?
Les données ESG désignent les informations quantitatives et qualitatives que les entreprises collectent et communiquent sur des thèmes liés au développement durable, notamment les émissions de gaz à effet de serre (scopes 1, 2 et 3), la consommation d'énergie, la consommation d'eau, les indicateurs relatifs au personnel, les structures de gouvernance et les pratiques au sein de la chaîne d'approvisionnement. Les régulateurs (ESRS, SFDR, ISSB), les prêteurs, les investisseurs et les équipes chargées des achats exigent de plus en plus des données ESG de haute qualité et vérifiables.
Qu'est-ce que le greenwashing ?
Le « greenwashing » désigne la pratique consistant à faire des allégations trompeuses ou non fondées concernant les performances environnementales ou de développement durable d’un produit, d’un service ou d’une organisation. Les régulateurs s'attaquent activement à ce problème : la règle anti-greenwashing de la FCA britannique (mai 2024) exige que toutes les allégations en matière de durabilité soient équitables, claires et non trompeuses ; le cadre de l'UE relatif à l'étiquetage des produits SFDR limite la manière dont les fonds peuvent commercialiser leurs caractéristiques de durabilité ; et la directive européenne sur les allégations écologiques (en cours d'élaboration) étend cette exigence aux allégations des entreprises concernant leurs produits.
Qu'est-ce que l'ESG dans le domaine financier ?
Dans le domaine financier, l'acronyme ESG désigne la manière dont les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance sont intégrés dans l'analyse des investissements, la conception des produits et la gestion des risques. Les institutions financières sont soumises à une réglementation ESG à plusieurs niveaux : les entreprises de l'UE doivent se conformer au règlement SFDR (transparence des produits), aux lignes directrices de l'ABE sur les risques ESG, aux modèles de publication ESG du pilier 3 et à la taxonomie de l'UE. Les entreprises britanniques sont quant à elles soumises aux attentes prudentielles de la PRA et aux règles d'étiquetage SDR de la FCA.
Cadres réglementaires
Qu'est-ce que la CSRD ?
La directive sur le reporting en matière de durabilité des entreprises (CSRD) est un règlement de l'Union européenne qui impose aux grandes entreprises et aux PME cotées en bourse de rendre compte des questions de durabilité conformément aux normes européennes de reporting en matière de durabilité (ESRS). À la suite de l'Omnibus I (février 2026), son champ d'application a été restreint aux entreprises comptant plus de 1 000 salariés et réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 450 millions d'euros. La CSRD applique le principe de double matérialité : les entreprises doivent évaluer à la fois la matérialité financière et la matérialité en termes d'impact.
Que sont les normes ESRS ?
Les normes européennes de reporting en matière de durabilité (ESRS) sont les normes de publication que les entreprises de l'UE doivent respecter lorsqu'elles établissent leurs rapports dans le cadre de la CSRD. Elles couvrent 12 domaines thématiques répartis entre l'environnement (E1–E5), le social (S1–S4) et la gouvernance (G1), ainsi que deux normes transversales. Les ESRS reposent sur le principe de la double matérialité : les entreprises ne rendent compte que des thèmes jugés significatifs d'un point de vue financier ou en termes d'impact. Une révision est en cours à la suite de l'Omnibus I.
Qu'est-ce que le SFDR ?
Le règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR) est un règlement de l'Union européenne qui impose aux acteurs des marchés financiers — notamment aux gestionnaires d'actifs, aux assureurs et aux fonds de pension — de divulguer la manière dont ils intègrent les risques et les impacts liés à la durabilité dans leurs décisions d'investissement. Il classe les produits financiers selon l'article 6 (aucune allégation de durabilité), l'article 8 (caractéristiques environnementales/sociales) ou l'article 9 (objectif d'investissement durable). Une réforme est en cours afin d'introduire de nouvelles catégories de labels : « Durable », « Transition » et « ESG Basics ».
Quelle est la différence entre la CSRD et la SFDR ?
La CSRD régit le reporting en matière de développement durable des entreprises : elle définit les informations que les organisations doivent divulguer concernant leurs propres performances et impacts ESG. La SFDR régit les obligations d'information au niveau des produits pour les acteurs des marchés financiers : elle définit les informations que les gestionnaires d'actifs doivent communiquer aux investisseurs concernant les caractéristiques de développement durable des produits d'investissement. Une entreprise relevant du champ d'application de ces deux réglementations doit se conformer à la CSRD pour son rapport annuel de développement durable et à la SFDR pour tous les produits d'investissement qu'elle gère ou distribue.
Qu'est-ce que la double matérialité ?
La double matérialité est le principe selon lequel les entreprises doivent évaluer à la fois l'influence des facteurs ESG sur leurs performances financières (matérialité financière, ou « outside-in ») et l'impact de leurs activités sur la société et l'environnement (matérialité d'impact, ou « inside-out »). Ces deux dimensions doivent être évaluées et communiquées si elles sont significatives. La double matérialité est imposée parla CSRD/ESRS de l'UEet adoptée en Suisse. Elle s'oppose à l'approche de matérialité unique (financière/investisseur) utilisée par l'ISSB et dans les cadres réglementaires britanniques et américains.
Qu'est-ce que le reporting TCFD ?
Le reporting TCFD désigne la publication d'informations structurée autour des quatre piliers définis par le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD) : gouvernance, stratégie, gestion des risques, et indicateurs et objectifs. Le cadre TCFD a été adopté comme structure de référence pour la publication obligatoire d'informations climatiques au Royaume-Uni, en Suisse, en Chine et au Vietnam, et constitue le fondement de la norme climatique IFRS S2 de l'ISSB. Au sein de l'Union européenne, l'ESRS intègre des éléments alignés sur le TCFD dans un cadre plus large de double matérialité.
Qu'est-ce que l'ISSB ?
L'International Sustainability Standards Board (ISSB) est un organisme indépendant créé par la Fondation IFRS afin d'élaborer un référentiel mondial de normes en matière de publication d'informations sur le développement durable. Il a publié l'IFRS S1 (informations générales sur le développement durable) et l'IFRS S2 (informations liées au climat). Les normes de l'ISSB sont axées sur les investisseurs (pertinence financière uniquement) et ont été adoptées ou approuvées par le Royaume-Uni (sous le nom de UK SRS), la Chine, l'Australie, le Canada et d'autres pays. Elles coexistent avec le cadre ESRS/CSRD de l'UE, sans toutefois le remplacer.
Qu'est-ce que le reporting GRI ?
Le reporting selon la Global Reporting Initiative (GRI) consiste à publier des informations relatives au développement durable en s'appuyant sur les normes universelles et les normes thématiques de la GRI. La GRI est un référentiel axé sur les parties prenantes qui couvre les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance, et qui est largement utilisé dans plus de 100 pays. Elle est mentionnée comme complément volontaire dans le cadre réglementaire vietnamien en matière de publication d'informations et est compatible avecle reporting CSRD/ESRS au sein de l'Union européenne. Les normes GRI ont servi de base de référence pour le processus d'élaboration de l'ESRS.
Qu'est-ce que le Scope 3 ?
Le périmètre 3 désigne l'ensemble des émissions indirectes de gaz à effet de serre présentes dans la chaîne de valeur d'une entreprise, tant en amont (provenant des fournisseurs et des biens achetés) qu'en aval (liées à l'utilisation des produits et à leur fin de vie). Dans le cadre dela CSRD/ESRS, la déclaration du périmètre 3 est obligatoire lorsque l'impact est jugé significatif selon l'évaluation de la double matérialité. En vertu de la loi californienne SB 253, la déclaration des périmètres 1 à 3 est obligatoire pour toutes les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 1 milliard de dollars et qui exercent leurs activités en Californie. Pour les institutions financières, les émissions financées (Scope 3, catégorie 15) sont mesurées selon la norme PCAF.
Les institutions financières et les critères ESG
Que sont les émissions financées ?
Les émissions financées correspondent aux émissions de gaz à effet de serre imputables aux prêts, investissements et autres services financiers d’un établissement financier ; elles représentent les émissions indirectes (catégorie 15 du Scope 3) d’une banque ou d’un gestionnaire d’actifs. Elles sont mesurées selon la norme du Partnership for Carbon Accounting Financials (PCAF) et doivent être divulguées conformément aux modèles de divulgation ESG du pilier 3 de l'UE, aux lignes directrices de l'ABE et, de plus en plus, au cadre des impacts négatifs majeurs du SFDR .
Qu'est-ce que l'ESG dans le secteur bancaire ?
Dans le secteur bancaire, l'ESG désigne la manière dont les banques et les institutions financières intègrent les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs processus d'octroi de crédit, leurs décisions d'investissement, la conception de leurs produits et leurs déclarations réglementaires. Les banques de l'UE sont soumises au cadre réglementaire le plus complet : les lignes directrices de l'ABE sur la gestion des risques ESG, les attentes prudentielles de la BCE, les modèles de publication ESG du pilier 3, le règlement SFDR pour les produits d'investissement et le ratio d'actifs verts de la taxonomie de l'UE. Les banques britanniques sont quant à elles soumises à la directive SS3/19 de la PRA et aux règles de publication de la FCA.
Qu'est-ce que la finance verte ?
La finance verte désigne les instruments, produits et services financiers qui orientent les capitaux vers des activités respectueuses de l'environnement. Cela inclut les obligations vertes, les prêts liés au développement durable, les lignes de crédit vertes et les produits d'investissement à impact social. Parmi les principaux cadres réglementaires, on peut citer la norme européenne sur les obligations vertes, la taxonomie de l'UE (qui définit les activités éligibles) et les catalogues nationaux de finance verte en Chine et au Vietnam. Au Vietnam, le cadre de crédit vert de la Banque d'État du Vietnam (SBV) a connu une croissance annuelle de 21 % entre 2017 et 2025.
Qu'est-ce que la notation ESG ?
Une notation ESG est une note attribuée par un fournisseur de données tiers — tel que MSCI, Sustainalytics ou le CDP — qui évalue l'exposition d'une entreprise aux risques ESG ainsi que la manière dont elle les gère. Les investisseurs s'appuient sur ces notations pour sélectionner leurs portefeuilles, évaluer les risques et mener des actions d'engagement. Elles varient considérablement selon la méthodologie utilisée : certaines sont axées sur l'impact (résultats en matière de durabilité), d'autres sur les risques (pertinence financière). Les régulateurs de l'UE élaborent actuellement des règles visant à superviser les fournisseurs de notations ESG, suite à des critiques concernant leur manque de cohérence et leur opacité.
Qu'est-ce que l'ESG dans le domaine de l'investissement ?
L'investissement ESG consiste à intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l'analyse des investissements et la constitution des portefeuilles. Les stratégies vont du filtrage par exclusion (élimination des secteurs nuisibles) à l'intégration ESG (prise en compte des facteurs ESG dans l'évaluation) en passant par l'investissement d'impact (visant des résultats positifs mesurables). Au sein de l'UE, le SFDR classe les produits d'investissement en fonction de leurs caractéristiques ESG — article 8 (caractéristiques ESG), article 9 (objectif d'investissement durable) —, créant ainsi une taxonomie réglementaire pour les produits d'investissement ESG.
Que sont les facteurs ESG ?
Les facteurs ESG sont les critères spécifiques utilisés pour évaluer le profil de développement durable d'une entreprise. Les facteurs environnementaux comprennent les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d'énergie, la consommation d'eau, l'impact sur la biodiversité et les déchets. Les facteurs sociaux comprennent la santé et la sécurité du personnel, la diversité, les normes de travail dans la chaîne d'approvisionnement et les relations avec les communautés. Les facteurs de gouvernance comprennent la composition du conseil d'administration, la rémunération des dirigeants, les politiques de lutte contre la corruption et la qualité de l'audit. Des cadres réglementaires tels que l'ESRS, l'ISSB et la GRI définissent les facteurs qui doivent être divulgués et la manière de le faire.
Questions spécifiques à chaque juridiction
Qu'est-ce que la taxonomie de l'UE ?
La taxonomie de l'UE est un système de classification qui définit les activités économiques considérées comme durables sur le plan environnemental au regard du droit de l'Union européenne. Elle couvre six objectifs environnementaux, à savoir l'atténuation du changement climatique, l'adaptation au changement climatique, l'eau, l'économie circulaire, la pollution et la biodiversité. Les entreprises relevant du champ d'application de la directive CSRD doivent rendre compte de leurs revenus, de leurs dépenses d'investissement (CapEx) et de leurs dépenses d'exploitation (OpEx) conformes à la taxonomie. Les institutions financières doivent publier leur ratio d'actifs verts (GAR), qui indique la part des prêts conformes à la taxonomie.
En quoi consiste la règle de la SEC relative à la divulgation d'informations sur le climat ?
La règle de la SEC sur la divulgation des informations climatiques, adoptée en mars 2024, aurait obligé les sociétés cotées américaines à divulguer leurs risques liés au climat, leurs émissions de gaz à effet de serre et leurs plans de transition. Cependant, cette règle a immédiatement fait l'objet d'un recours devant un tribunal fédéral et a été suspendue dans l'attente de l'issue du litige. En mars 2025, la SEC a voté l'abandon de la défense de cette règle, ce qui revient à l'abandonner purement et simplement. Les grandes entreprises exerçant leurs activités en Californie restent soumises à l'obligation de divulgation des données de scope 1 à 3 en vertu de la loi californienne SB 253, qui n'a pas été contestée au niveau de l'État.
Qu'est-ce que la CSRD par rapport à la CSDDD ?
La directive CSRD ( Corporate Sustainability Reporting Directive) définit les informations que les entreprises doivent communiquer concernant leurs performances en matière de développement durable. La CSDDD (directive sur le devoir de diligence en matière de durabilité des entreprises) régit les obligations des entreprises : elle impose aux grandes entreprises de l'UE d'exercer une diligence raisonnable en matière de droits de l'homme et d'environnement tout au long de leurs chaînes de valeur, de remédier aux préjudices identifiés et d'adopter des plans de transition. La CSRD s'applique à un ensemble plus large d'entreprises ; la CSDDD s'applique aux très grandes entreprises (plus de 5 000 employés, plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires). Les deux sont susceptibles d'être révisées dans le cadre de l'Omnibus I.
Quelles sont les exigences chinoises en matière de reporting ESG ?
La Chine a adopté en mai 2024 des lignes directrices obligatoires en matière de reporting de développement durable pour les sociétés cotées, qui entreront en vigueur pour l'exercice 2025 (les premiers rapports devant être remis en avril 2026). Ces directives sont publiées par les bourses de Shanghai, Shenzhen et Pékin et s'appliquent aux entreprises figurant dans les principaux indices. Les directives de la Bourse de Shenzhen (SZSE) intègrent le principe de double matérialité. La Chine élabore également des normes nationales alignées sur celles de l'ISSB. Par ailleurs, le système national d'échange de quotas d'émission de carbone (ETS) a été étendu aux secteurs de l'électricité, de l'acier, du ciment et de l'aluminium, exigeant la communication mensuelle de données vérifiées sur les émissions.
Quelles sont les obligations de la Suisse en matière de publication d'informations sur le climat ?
L'ordonnance suisse sur la publication d'informations relatives au climat, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2024, impose aux grandes entreprises, aux banques et aux assureurs de publier des informations conformes aux recommandations du TCFD portant sur la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques et les indicateurs climatiques. La Suisse a adopté le principe de la double matérialité. Le non-respect de ces dispositions peut entraîner des sanctions relevant du droit des sociétés et, dans certains cas, engager la responsabilité pénale des dirigeants. La Suisse s'aligne délibérément sur le cadre de l'UE et a suspendu la révision qu'elle avait prévue dans l'attente des résultats du processus Omnibus I de l'UE.
Qu'est-ce que la taxonomie verte du Vietnam ?
La taxonomie verte du Vietnam a été établie par la décision n° 21/2025/QD-TTg et constitue la première classification juridiquement contraignante des activités économiques vertes du pays. Elle couvre 45 types de projets répartis dans 7 secteurs et sert à déterminer l'éligibilité aux facilités de crédit vert, aux prêts subventionnés (réduction du taux d'intérêt pouvant atteindre 2 %) et à des pondérations de risque de crédit réduites. Elle représente une étape importante dans la formalisation du cadre de finance durable du Vietnam, qui a connu une croissance annuelle de 21 % du crédit vert entre 2017 et 2025.
Importance relative, données et indicateurs
Qu'entend-on par « matérialité » dans le domaine ESG ?
En matière d'ESG, la matérialité détermine les enjeux de développement durable qu'une entreprise doit évaluer et divulguer. Il existe deux grands courants : la matérialité financière (unique) — utilisée par l'ISSB et les référentiels britanniques et américains — consiste à déterminer si un facteur ESG est susceptible d'influencer les flux de trésorerie ou la valeur d'entreprise. La matérialité double — utilisée parla CSRD/ESRS de l'UEet la Suisse — exige des entreprises qu'elles évaluent à la fois l'impact financier des facteurs ESG sur l'activité (approche « outside-in ») et l'impact de l'entreprise sur la société et l'environnement (approche « inside-out »). Ces deux dimensions doivent être divulguées si elles sont significatives.
Qu'est-ce que le reporting en matière de développement durable ?
Le reporting en matière de développement durable consiste à communiquer aux parties prenantes externes des informations sur les performances d'une entreprise dans les domaines environnemental, social et de la gouvernance. Il peut être volontaire (en utilisant les référentiels GRI, ISSB ou TCFD ) ou obligatoire (au titre de la directive CSRD dans l'Union européenne, des directives boursières en Chine ou de l'ordonnance sur le climat en Suisse). Un reporting de qualité en matière de développement durable nécessite des données vérifiables, des méthodologies bien définies, une validation par un tiers et une conformité avec au moins un référentiel reconnu.
Qu'est-ce que le risque ESG ?
Les risques ESG désignent les risques financiers, opérationnels et de réputation découlant de facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. Les risques climatiques physiques (dommages causés par les inondations ou la canicule) et les risques de transition (coûts liés au passage à une économie à faible émission de carbone) constituent les catégories de risques ESG les plus réglementées. Les risques ESG sont intégrés dans l'évaluation de crédit par les banques (lignes directrices de l'ABE), dans l'analyse des investissements par les gestionnaires d'actifs (SFDR) et dans la planification stratégique des entreprises (TCFD). Le fait de ne pas identifier et gérer les risques ESG peut entraîner des mesures réglementaires, une augmentation du coût du capital et la perte de l'autorisation d'exercer.
Qu'est-ce que les politiques ESG ?
Les politiques ESG sont les engagements formels et les documents de gouvernance interne par lesquels une entreprise définit la manière dont elle gère les risques et les impacts liés au développement durable. Elles comprennent les politiques de gestion environnementale, les politiques en matière de droits de l'homme, les codes de conduite des fournisseurs, les cadres de lutte contre la corruption et les plans de transition climatique. En vertu dela CSRD/ESRS, les entreprises doivent publier les politiques qu'elles ont adoptées pour chaque thème de développement durable significatif, ainsi que les mesures et les objectifs qui viennent étayer ces politiques.
PME, chaîne d'approvisionnement et conseils pratiques
Quel est l'impact des critères ESG sur les PME ?
Les PME sont généralement exemptées des obligations directes de reporting ESG. Elles sont toutefois concernées par six voies indirectes : (1) les demandes de données relatives à la chaîne de valeur de scope 3 émanant de grands clients (directive européenne CSDDD, loi californienne SB 253) ; (2) les évaluations ESG des banques ayant une incidence sur les conditions de crédit ; (3) les exigences de durabilité dans les marchés publics ; (4) les obligations de diligence raisonnable des acheteurs se répercutant en aval sur les chaînes d'approvisionnement ; (5) les exigences en matière de crédit vert et d'éligibilité à la taxonomie au Vietnam ; et (6) la tarification du carbone dans le cadre du CBAM pour les PME exportant vers l'UE. La norme VSME de l'UE fournit un cadre de publication proportionné permettant aux PME de répondre à ces exigences.
Qu'entend-on par « conformité réglementaire » dans le domaine ESG ?
La conformité réglementaire en matière d'ESG consiste à respecter les obligations juridiquement contraignantes liées à la publication d'informations sur le développement durable et à la diligence raisonnable. Les exigences précises dépendent de la taille de l'entreprise, de son secteur d'activité, de la juridiction applicable et de son statut de cotation en bourse. Dans l'Union européenne, la CSRD et le SFDR constituent les principaux cadres réglementaires ; au Royaume-Uni, ce sont les règles alignées sur le TCFD et le SDR de la FCA qui s'appliquent ; en Suisse, l'ordonnance sur le climat impose la publication de rapports conformes au TCFD. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des amendes, des enquêtes réglementaires ou la perte des licences d'exploitation. Pour les institutions financières, les attentes en matière de surveillance de l'ABE, de la BCE, de la PRA et de la FINMA ajoutent des niveaux de conformité supplémentaires.
Qu'est-ce que la décarbonisation ?
La décarbonisation désigne le processus de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle d'une économie, d'un secteur ou d'une organisation. Pour les entreprises, cela implique de réduire en premier lieu les émissions de scope 1 (émissions directes) et de scope 2 (émissions liées à l'énergie achetée), puis de s'attaquer aux émissions de scope 3 issues de la chaîne de valeur. Les obligations de publication prévues parla CSRD/ESRS, le TCFD et l'ISSB S2 exigent des entreprises qu'elles divulguent non seulement leurs émissions actuelles, mais aussi leurs plans de transition — la feuille de route crédible grâce à laquelle elles atteindront leurs objectifs de décarbonisation. La directive CSDDD de l'UE impose aux grandes entreprises l'adoption de plans de transition en tant qu'obligation légale.
Qu'est-ce qu'un plan de transition ?
Un plan de transition est une stratégie chiffrée et assortie d’un calendrier qui définit la manière dont une entreprise alignera son modèle économique sur les objectifs climatiques — généralement la neutralité carbone d’ici 2050, avec des étapes intermédiaires. Les plans de transition sont obligatoires ou attendus dans le cadre dela CSRD/ESRS ( UE), des attentes prudentielles de la BCE (banques de l’UE), de la CSDDD (grandes entreprises de l’UE) et des exigences de la FCA britannique (gestionnaires d’actifs). La norme IFRS S2 de l'ISSB exige également la publication des éléments du plan de transition. Un plan de transition crédible doit inclure une gouvernance, une analyse de scénarios, des indicateurs et des objectifs conformes aux trajectoires de l'Accord de Paris.
Quelle est la différence entre l'ESG et la RSE ?
La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est un concept volontaire, largement discrétionnaire, axé sur les contributions positives d’une entreprise à la société : philanthropie, engagement communautaire et pratiques commerciales éthiques. L’ESG est un cadre structuré, souvent obligatoire, destiné à évaluer et à communiquer les risques et impacts significatifs en matière de développement durable. L'ESG inclut des indicateurs quantitatifs, une vérification par des tiers et une responsabilité réglementaire, ce qui n'est pas le cas de la RSE. Le passage de la RSE à l'ESG reflète l'évolution d'une démarche de bonne volonté envers les parties prenantes vers une obligation réglementaire et une discipline des investisseurs.
Qu'est-ce que l'ESG par rapport à l'ISR ?
L'investissement socialement responsable (ISR) est une approche d'investissement qui exclut, sur la base de critères éthiques, les entreprises impliquées dans des activités préjudiciables — armes, tabac, jeux d'argent. L'investissement ESG est plus large et plus analytique : il intègre des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l'évaluation des risques et des opportunités d'investissement sans nécessairement exclure des secteurs entiers. L'analyse ESG est de plus en plus exigée ou attendue par les régulateurs (SFDR dans l'UE, FCA SDR au Royaume-Uni), tandis que l'ISR reste principalement une approche fondée sur des valeurs et pilotée par les investisseurs.



